CTF Trace Labs #5 – Recherches de micro-informations, gestion du temps, et Mr Freeze

CTF Trace Labs #5 – Recherches de micro-informations, gestion du temps, et Mr Freeze

Quand l’un des membres d’OpenFacto a annoncé sur Slack qu’un nouveau CTF (Capture The Flag) Trace Labs allait avoir lieu le 11 juillet, quelques mains se sont levées pour participer. Quand il a annoncé que cette fois-ci il aurait lieu de 17h à 23h, donc pas de minuit à 6h comme lors de la précédente édition, c’est une avalanche de membres qui a manifesté son intérêt ! (ou en tout cas assez pour constituer deux équipes de quatre, l’auteur étant simplement friand de formules grandiloquentes).


Vous n’avez jamais entendu parler de ces évènements organisés en vue de retrouver des personnes disparues ? Envie d’avoir un peu plus de détails ? Nous vous invitons à lire notre premier retour d’expérience écrit suite à notre précédente participation.


Aujourd’hui, pas d’article visant à approfondir un point de connaissance, comme avec le premier article qui s’intéressait à la question de l’analyse des tatouages.

L’idée est plutôt de faire le point sur notre organisation, ce qui a marché, ce qui a moins marché, et des axes d’amélioration possibles pour le futur.
Si vous avez des avis à partager sur ce qui suit, n’hésitez pas à nous répondre ici en commentaire ou via Twitter. Et si nous oublions de mentionner des éléments qui vous semblent importants, faites-nous signe et nous mettrons à jour l’article avec ces derniers.

Organisation

Pour cette édition, huit membres d’OpenFacto étaient motivés pour participer, nous avons donc fait deux équipes :

  • OpenFacto (obviously), comptant à son bord Capteurso, Hervé, Sébastien et ştəf// – fini 26ème sur 190 équipes ;
  • The French Flair by OF, composée notamment de L003, 0skAr et Roman – fini 23ème.
Tableau des scores final


Ensuite, pour répartir les gens entre les deux équipes, nous avons fait passer des tests d’aptitude à l’OSINT, évalué les CVs de chacun(e), et… non pas du tout, nous avons pris le premier (littéralement) site de répartition aléatoire en équipe sur Google, et défini les équipes à partir de là. Il s’est avéré que les teams ainsi formées ont bien fonctionné ; à voir pour la prochaine édition si nous essayons de déployer une réelle stratégie quant à ce sujet – nous y reviendrons plus tard.


Pour la communication écrite, nous avons privilégié Slack, qui permet de faire un thread par profil, afin de ne pas mélanger toutes les informations. Le canal vocal était assuré par Jitsi.

Il était envisagé d’utiliser framamind afin de faciliter la visualisation des profils et informations récoltées. Finalement, le fait de ne pas forcément changer souvent de cas d’analyse a fait que les threads Slack étaient suffisants. 

A noter toutefois que TraceLabs recommande dans son guide de ne pas passer plus d’une heure sur un cas où l’on ne trouverait aucune information, et conseille également l’utilisation de cartes mentales (cf. p.15-16).

Cette édition proposait l’analyse de huit cas, chaque membre d’une équipe était donc en charge de deux profils a minima, avec possibilité de passer sur d’autres en cas d’impasse. 

Quelques points à retenir pour les prochaines éditions

Ci-dessous une liste de points en vrac, sans classement suivant l’importance du contenu, mais qu’il nous semble pertinent d’avoir en tête pour les prochaines fois :

  • Si aucun flag n’est validé ni rejeté au bout d’une heure, ne pas hésiter à pinger l’équipe TraceLabs sur Slack, par exemple AK47Intel. Et même, mieux : vérifier à l’avance que l’équipe s’est bien vue assigner un juge (un fichier csv est fourni dans le channel du CTF afin de connaître le nom du juge qui s’occupe de l’équipe).
  • La recherche de profils snapchat via snapdex.com ne renvoie pas forcément de résultats pertinents.
  • Les copies d’écrans Android ne servent à rien si la preuve ne peut être rattachée à une URL (l’URL snapcode ne suffit pas).
  • Prendre le temps de faire une première passe, pour les profils US, sur des sites de recherches US (ex : spytox.com, thatsthem.com, etc.). MAIS bien prendre avec des pincettes ce que renvoient ces sites. Idéalement effectuer quelques vérifications derrière, avant de soumettre le flag.
  • Prendre le temps aussi de faire une première passe sur les informations basiques (ex : dates de naissance) qui, si elles ne rapportent que peu de points, une fois accumulés en fournissent finalement un nombre conséquent.
  • Prendre le temps – si réalisable – de lire les posts sur les réseaux sociaux de la personne disparue (notamment pour connaître ses hobbies). A minima aux alentours de la date de sa disparition. Se pencher aussi sur les commentaires et tags de personnes proches permettant (potentiellement) de récupérer d’autres profils de la cible, ainsi que leur nouveau compagnon/nouvelle histoire, qui les renvoient à leur profil actuel.
  • A ce sujet, Twint se révèle bien pratique pour ne récupérer que les tweets postés au moment de la disparition de la personne (notamment profils Twitter de ses amis).
  • La question de savoir comment déterminer si un numéro de téléphone US est assigné à un fixe ou un mobile s’est posée pendant l’évènement. A tête reposée, nous pouvons maintenant dire qu’il aurait pu être intéressant de passer par des services tels que TrueCaller ou OpenCnam, FreeCarrierLookup ou encore HLR Lookup déjà mentionné il y a quelques temps sur le discord d’OSINT-FR – mais aucune garantie quant à l’identification mobile/fixe.
  • Faire la liste d’un ensemble de sélecteurs (adresses mails, numéros de téléphones, création d’adresses mails et pseudos à partir du nom+prénom, etc.). Puis les vérifier sur autant de plateformes que possible (via whatsmyname ou instantusername), et lister le tout dans un document collaboratif. Envisager ensuite de désigner une à deux personnes afin d’approfondir ces données et réaliser une investigation latérale (recherche massive de sélecteurs et de sources potentielles) de l’investigation transversale (approfondissement d’un profil, ses commentaires, etc.).
  • Préparer des outils et moteurs pour le darkweb en amont et y passer au crible tous les sélecteurs (identité, email, username, etc.). Envisager de préparer une base de leaks avant l’évènement.
  • Préparer également un ensemble de services de « reconnaissance faciale » : Yandex, Bing, Tineye, etc..
  • Dans l’ensemble, nous avons réalisé beaucoup de recherches manuelles. A voir donc si et comment il serait possible d’en automatiser une partie.
  • Voir pour passer moins de temps sur certains profils. 6h, c’est à la fois très peu et très long, mais il s’agirait de réfléchir si passer 4 à 5h sur le même profil – ce qui a été le cas pour un ou deux membres – est vraiment un choix efficace.
  • Autre point à voir plus tard : envisager peut-être un rôle/spécialité par personne/compétence.
    • un/e « forgeron » qui récupère, par OSINT ou recréation, tous les sélecteurs, qu’il met à disposition ;
    • un/e ou deux enquêteurs qui approfondissent les profils et les subtilités historiques et comportementales ;
    • un/e spécial deepweb/darkweb.
      L’autre possibilité consistant à d’abord se concentrer sur un ou deux profils, puis passer à une revue de tous les profils en ne s’intéressant qu’à un des aspects mentionnés ci-dessus.

Conclusion

Ce qui est pas mal ressorti de nos discussions post-CTF, c’est la frustration de ne pas trouver des informations particulièrement remarquables sur chaque profil. Est-ce que cela vaut vraiment le coup de passer 6h sur le cas de deux à trois personnes disparues, pour ne ressortir finalement que des éléments facilement retrouvables : numéro de téléphone posté sur instagram, liens vers les différents profils sur les réseaux sociaux, etc. ?


A cette question que bon nombre se posent, Trace Labs réponds oui, cela vaut la peine : « We may not always find relevant or useful information to pass along to Law Enforcement (LE). But what we did accomplish was showing Law Enforcement that they truly have exhausted every lead and that they did their jobs well and to the best of their abilities. To them, that’s extremely valuable and it puts their minds at ease. » 


Chaque information, aussi minime qu’elle soit à vos yeux, doit être remontée : marque du téléphone de la personne (information intéressante pour les forces de l’ordre), goût prononcé pour le dessin, l’alcool, les Mr Freeze, etc.. Tout peut avoir son importance, pour peu que les personnes en charge de l’enquête n’y ait pas prêté attention. Et si c’est déjà le cas, cela les rassurera néanmoins quant au fait qu’elles ont cherché autant que possible.


En outre Trace Labs insiste sur le fait qu’il ne faut pas oublier les deux buts principaux de ces évènements :

  • trouver des informations sur des personnes disparues ;
  • améliorer nos compétences en OSINT – car oui, cela compte aussi.

Vous avez, vous aussi, été frustré par les données obtenues après de longues heures de recherches ? Hauts les cœurs, cela fait partie de l’apprentissage ! Et si vous n’avez pas l’impression d’être devenu une rock star de l’OSINT en 6h, vous avez néanmoins mis en pratique des connaissances déjà acquises – vous n’en deviendrez que plus efficace – voire appris de nouvelles techniques – on ne peut espérer mieux – et participé à un effort positif international. Donc rien de tout cela n’est perdu.


Un autre point qui nous a été remonté, c’est qu’il était encore plus sympa de réaliser ce genre d’évènements dans un même lieu avec le reste de l’équipe. Ainsi, à titre informatif, OpenFacto commence à réfléchir à comment réunir, une fois par an, l’ensemble de ses membres participant au CTF dans un espace commun, afin que les coéquipiers puissent interagir ensemble de vive voix, et que les différentes teams puissent ensuite échanger sur les cas abordés une fois le CTF fini.

Intéressé ? Faites-le-nous savoir sur Twitter ou notre Slack !


Un grand bravo à toutes les équipes !

Nouveau rapport par OpenFacto – Turkey’s shadow arms deliveries

Nouveau rapport par OpenFacto – Turkey’s shadow arms deliveries

Téléchargez le rapport – Download the report

OpenFacto est fier de présenter son premier long rapport d’enquête sur la détection des violations de l’embargo sur les armes à l’aide de techniques de recherche en sources ouvertes. Turkey’s Shadow Arms Deliveries se concentre sur six cas de livraisons suspectes d’armes turques à la Libye utilisant des moyens de transport commerciaux: MV AMAZON, vol ER-BAJ, MV SINGLE EAGLE, MV BANA, MV ANA et MV PRAY. Utilisant les réseaux sociaux, google map, les bases de données accessibles au public et d’autres techniques de recherche, le rapport présente de nombreuses preuves indiquant des violations potentielles de l’embargo sur les armes imposé par les Nations Unies par la Turquie.

OpenFacto is proud to present its first long form investigative report on detecting arms embargo violations using open sources techniques. Turkey’s Shadow Arms Deliveries focuses on six cases of suspected Turkish arms deliveries to Libya using commercial transportation: MV AMAZON, flight ER-BAJ, MV SINGLE EAGLE, MV BANA, MV ANA and MV PRAY. Using social media, google map, publicly available databases and other research techniques, the report presents extensive evidence pointing to potential violations of the UN arms embargo by the Turkey.

La frontière gréco-turque, terrain d’affrontements physiques et virtuels

La frontière gréco-turque, terrain d’affrontements physiques et virtuels

La frontière gréco-turque, terrain d’affrontements physiques et virtuels

Thomas Eydoux / Antoine Hasday / Elie Guckert pour OpenFacto

Les forces turques et grecques face à face près du poste frontière de Kastanies-Pazarkule / Illustration : Elie Guckert / Source 

L’ouverture de la frontière gréco-turque par Ankara a généré de nombreuses images de violences entre les forces grecques et turques au poste frontière de Kastanies-Pazarkule. Des affrontements bien physiques qui ont été accompagnés d’une guerre des mots et des images livrée sur les réseaux sociaux par la fachosphère européenne. Entre les deux feux : des milliers de migrants qui le paient parfois de leurs vies.

Des échanges de grenades lacrymogènes, voire des tirs à balles réelles, à la frontière d’un État membre de l’Union européenne, et des migrants pris entre deux feux : ce sont parfois de véritables images de guerre qui ont été capturées à un point de passage entre la Grèce et la Turquie depuis l’ouverture de ce dernier aux migrants par Erdogan, en février dernier. 

Face à l’afflux de réfugiés à la frontière turco-syrienne et à ce qu’il considérait comme un manque de soutien de l’UE à sa campagne contre le régime syrien, le président turc Recep Tayyip Erdogan – dont le pays a déjà accueilli plus de trois millions de syriens – avait annoncé le 28 février qu’il n’empêcherait plus les migrants présents en Turquie de se rendre dans l’UE via la Grèce. Erdogan entendait ainsi faire pression sur l’Europe, à qui il demande un « juste partage du fardeau» pour faire face à l’afflux de réfugiés syriens provoqué par l’offensive d’Assad et de son allié russe à Idlib. La veille, au moins 33 militaires turcs avaient été tués en Syrie dans une frappe officiellement attribuée à l’armée arabe syrienne. 

Jusqu’à 13 000 migrants tentent alors de franchir la frontière entre la Turquie et la Grèce, selon l’organisation internationale pour les migrations (OIM). Parmi eux, des Syriens, mais aussi des Irakiens, des Afghans, des Pakistanais et des Iraniens. 

Le poste-frontière de Kastanies-Pazarkule, champ de bataille numéro 1

Cette décision unilatérale du président turc a causé de fortes tensions politiques et a conduit à des situations parfois très violentes avec les autorités grecques. Selon les services de renseignements allemands, les autorités turques auraient contraint des réfugiés à monter dans des bus pour les conduire à la frontière. Des membres des forces de sécurité se seraient même mêlés à la foule pour encourager les émeutes, rapporte Der Spiegel.

Sur cette vidéo de l’agence pro-Kremlin Ruptly, on peut voir des grenades lacrymogènes tomber du côté grec de la frontière, près du point de passage de Kastanies-Pazarkule.

Des violations des droits humains auraient aussi été commises par les forces de sécurité grecques : renvois illégaux à la frontière, tortures, détentions illégales, usage de grenades lacrymogènes potentiellement létales et tirs à balles réelles. Selon Amnesty, au moins deux migrants ont été tués.

De nombreuses images de ces incidents sont apparues sur les réseaux sociaux au cours du mois de mars. Sur cette vidéo on peut par exemple voir des policiers turcs tirer du gaz lacrymogène de l’autre côté de la frontière sous les encouragements des migrants. Sur une autre vidéo visiblement tirée d’images de caméras de vidéo surveillance, on peut apercevoir des policiers grecs utiliser un ventilateur géant pour repousser du gaz lacrymogène de l’autre côté de la frontière. Sur une troisième, on peut même voir un agriculteur grec pulvériser du lisier de l’autre côté de la frontière pour dissuader les migrants de passer. Enfin cette vidéo de l’Associated Press montre également des affrontements entre les forces grecques d’un côté, et turques de l’autre.

(Vidéo Associated Press)

Grâce à quelques bâtiments distinctifs, notamment la tour du poste frontière ou encore la position des chemins de terre par rapport à la clôture, ces images postées entre le 7 et le 12 mars peuvent être géolocalisées à un seul et même endroit : le poste-frontière de Kastanies-Pazarkule, l’un des principaux points de passage entre la Grèce et la Turquie :

Position du poste-frontière de Kastanies-Pazarkule sur Google Map.

Pour plus de clarté, nous avons utilisé cette vue aérienne du poste-frontière où la tour d’observation est bien plus visible :

Géolocalisation des trois vidéos près du poste-frontière de Kastanies-Pazarkule. Crédit : Elie Guckert

Cette vidéo de l’agence turque pro-Ankara TRT collectée par le site d’investigation Bellingcat où l’on peut entendre des coups de feu semble avoir elle aussi été tournée dans la même zone, là où le chemin de terre côté turc longe la clôture marquant la frontière :

Source : Bellingcat.

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Ce poste-frontière a été l’un des points privilégiés par la Turquie pour forcer les migrants à traverser la frontière turque, tentant au passage de déstabiliser son voisin grec, avec qui les relations sont pour le moins tendues. Ankara n’a en effet pas poussé les migrants vers le poste-frontière avec la Bulgarie, un État avec lequel ses relations sont beaucoup plus cordiales, ni vers celui de Kipi qui est bien partagé avec la Grèce mais qui constitue une voie commerciale trop importante pour que la Turquie prenne le risque de sa fermeture. Le poste-frontière de Kastanies-Pazarkule est donc l’un des seuls points de passages terrestres possibles pour les migrants qui n’ont comme seules autres alternatives que de tenter de franchir l’Evros, où un migrant a été tué, ou de traverser la mer Égée pour poser le pied sur l’île grecque de Lesbos, option toute aussi périlleuse

Les réseaux sociaux et la fachosphère, champ de bataille numéro 2

De manière peu surprenante au vu de leur caractère impressionnant, les images des affrontements au poste-frontière de Kastanies-Pazarkule ont été instrumentalisés par tous les camps. Ainsi, l’agence de presse russe pro-Kremlin Ruptly a plutôt tourné des images vues depuis le côté grec de la frontière, tendant à présenter une Europe sous pression migratoire agressée par la Turquie. De son côté, l’agence turque pro-Ankara TRT World a plutôt filmé depuis le côté turc, insistant sur les violations commises par les forces grecques et sur la misère des migrants. 

Ces deux récits du même événement sont cohérents avec les vues respectives de Moscou et Ankara sur l’Europe et la crise migratoire en général. Mais la Russie et la Turquie ne sont pas les seuls acteurs à appliquer une grille de lecture partisane, si ce n’est mensongère, sur les affrontements à la frontière gréco-turque. En France, plusieurs responsables politiques d’extrême droite dénoncent sur Twitter ce qu’ils considèrent comme une « invasion migratoire » et affichent leur soutien à la Grèce, notamment via le hashtag #IStandWithGreece («je me tiens aux côtés de la Grèce»), qui a été utilisé 67445 fois entre le 1er mars et le 1er avril. Pour trouver ce chiffre, nous avons utilisé l’outil Twint, qui permet de collecter des données sur Twitter, via le langage informatique Python. 

Nous avons également pu voir combien de fois les utilisateurs ont utilisé le hashtag. Si certains ne s’en sont servis qu’une seule fois, d’autres en revanche l’ont tweeté des centaines de fois. 

Certains responsables politiques français comme le porte-parole du Rassemblement national, Jordan Bardella, se sont même rendus sur place, tout comme plusieurs personnalités issues de la mouvance identitaire, sans pour autant toujours utiliser le hashtag #IStandWithGreece :

Source : Newsy et Bellingcat

Dans un tweet posté le 1er mars 2020, la présidente du RN Marine Le Pen commente par exemple des images tournées au poste-frontière de Kastanies-Pazarkule, insistant sur le fait que les migrants sont « majoritairement des hommes » qui menaceraient d’arriver « bientôt dans les villes et villages de France », sans oublier de s’en prendre au passage au président Emmanuel Macron. 10 jours plus tard, Jordan Bardella intervient sur CNews – depuis la Grèce où il s’est rendu aux côtés d’autres personnalités d’extrême droite – pour prôner l’une des lubies du parti : la fermeture des frontières nationales face à ce qu’il qualifie de « véritable déclaration de guerre à l’Europe » par Erdogan.

Des vidéos montrant les affrontements entre forces turques et grecques au poste-frontière de Kastanies-Pazarkule sont aussi partagées par des membres du groupuscule Génération Identitaire. Le 12 mars, le porte-parole Romain Espino va jusqu’à dépeindre une guerre de civilisation entre la Grèce et des « envahisseurs » pour appeler à transformer la frontière en « barrage infranchissable ». Un concept que le groupuscule à déjà essayé d’appliquer en France de manière plus ou moins heureuse. Damien Rieu, cadre historique de l’organisation, assimile quant à lui les migrants à des islamistes – simplement parce qu’ils crient «Dieu est grand» – à la solde des forces Turques.

D’autres comptes influents de la fachosphère francophone – comme Damoclès et le «roi de l’intox» @tprincedelamour, se sont joints aux réjouissances. Tout comme des organisations plus radicales que le RN, mais pas forcément très influentes sur les réseaux, parmis lesquelles l’Action française ou encore la Dissidence française, 

Les incidents à la frontière gréco-turque ont donc été instrumentalisés par l’extrême droite française afin de nourrir son narratif global sur les migrations et l’Islam et promouvoir son projet politique, quitte à déformer les faits.

Migrants, toujours perdants

Cette rhétorique a priori réservée à l’extrême droite a pourtant trouvé des résonances au sein même des institutions européennes : le 3 mars, avec une mise en scène plutôt martiale, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le président du Conseil Charles Michel et le président du Parlement David Sassoli se sont rendus à Kastanies (du côté grec du poste-frontière) pour affirmer le soutien de l’UE à la Grèce.  « Je remercie la Grèce d’être en ce moment notre bouclier européen », déclare alors Von Der Leyen, faisant ainsi écho à la logique de guerre invoquée par la fachosphère, et sans mentionner les violations des droits humains commises par la Grèce.

Tweet d’Ursula Von Der Leyen posté le 3 mars où elle s’affiche patrouillant à la frontière en hélicoptère.

Une logique de peur et de polarisation bien comprise par le président turc, qui avait déclaré le 3 mars : « Depuis que nous avons ouvert nos frontières, le nombre de ceux qui se sont dirigés vers l’Europe a atteint les centaines de milliers. Bientôt, ce nombre s’exprimera en millions ». Si Erdogan, qui ira jusqu’à comparer les gardes-frontières grecs aux nazis, est prompt à dénoncer les abus commis par son voisin grec, il n’a en réalité pas plus de considérations pour les droits fondamentaux des migrants et n’hésite pas non plus à les chasser sans ménagement lorsqu’il n’a plus besoin d’eux. Dans ces affrontements réels et virtuels autour de la frontière gréco-turque, chacun trouve donc son compte, mis à part des milliers de civils à la recherche d’un asile, réduits à l’état de moyens de pression et d’objets de propagande.

RADIOAMATEURS : une source méconnue de l’OSINT ?

RADIOAMATEURS : une source méconnue de l’OSINT ?

L’ami Gimli nous proposait un chouette challenge sur Twitter, de la géolocalisation à base de source radio-amateur.
L’occasion pour lui d’écrire l’article ci-dessous, mêlant, comme souvent ici, méthodologie et analyse technique!


De nombreux articles et méthodologies sont disponibles en ligne pour tracker les navires de commerce. Mais, qu’en est-il du suivi des navires de la marine de guerre russe ?

Bien avant l’apparition des satellites, de l’AIS ou tout simplement de l’OSINT, le monde des radioamateurs s’est investi dans cette thématique … et ils n’hésitent pas à partager !

Alors, pourquoi se priver de cette masse d’informations dans nos investigations ?

Par exemple, que pouvons nous dire de la position de ce bâtiment à la date du 14 avril 2020 ?

Via un module complémentaire installé sur Mozilla Firefox, (par ex : Search by image), nous trouvons facilement le nom de ce navire : le PM-82 via le site :

https://mil-avia.livejournal.com/379233.html

Le PM-82 (ПМ-82 en russe) semble être un « atelier flottant »…

Essayons donc plusieurs recherches via différents moteurs de recherche (Google et Yandex notamment).

Le site mil.ru nous indique que le PM-82 fait partie du projet 304 et qu’il est conçu pour réparer les navires, leurs armes et leurs équipements techniques dans des zones éloignées. Mais l’information intéressante est qu’il est en route pour la baltique au 31/03/2020.

Dans les résultats apparaît également ce post sur VK : https://vk.com/navyofrussia?w=wall-129663182_3276 (archivé ici, au cas où…) qui indique :

ПМ-82 возвращается в базу ДКБФ после службы в дальней морской зоне. 18.04.2020 г.

Avec comme traduction approximative de Google :

« Le PM-82 retourne à la base DCBF après avoir servi dans la zone de haute mer. 18/04/2020. »

En cherchant sur Google « ПМ 82 », une vidéo youtube est disponible mais là encore datée du 18 avril 2020.

Pour l’instant, aucune information ne correspond à la date souhaitée. Il faut peut-être changer d’axe de recherche et s’intéresser à une thématique pas assez connue et exploitée.

Les moyens de communication.

Préambule

Tout mobile a besoin de communiquer avec son état-major … alors pourquoi ne pas tenter des recherches de ce côté-là. Suivant la distance entre deux stations (Navire/Terre – Navire/Navire – Terre/Navire), les moyens de communications clairs ou chiffrés utilisés ne sont pas les mêmes.

Tout le monde a déjà entendu parler des communications par Satellite mais il existe d’autres moyens.

Deux stations proches (à portée d’horizon) peuvent par exemple utiliser des moyens de communications passant par des ondes directes (VHF-UHF) alors que des stations éloignées privilégieront la gamme HF (Haute Fréquence – 3 / 30 Mhz). En effet, suivant la propagation, cette dernière permet d’envoyer des messages sur des distances considérables (des milliers de kilomètres).

L’utilisation de cette gamme de fréquence reste incontournable pour les services maritimes et aériens notamment pour garantir la sécurité des liaisons océaniques, pour les liaisons fixes ou mobiles dans des zones sans infrastructure, ou en secours, en cas de catastrophe naturelle ou pour le trafic militaire. (Merci Wikipédia).

Info : saviez-vous que certains mails à destination de navires transitent par la gamme HF via un système nommé SAILMAIL. (https://sailmail.com/)

La Marine russe

La Marine russe est une des dernières de la flotte mondiale à encore utiliser la télégraphie Les matériels modernes coûtent chers et sont compliqués à entretenir alors que les systèmes de communications traditionnels comme la télégraphie font encore leur preuve.

Qui plus est, ils ont de nombreux avantages : fiabilité, simplicité d’utilisation, résistance au bruit …

OSINT et le monde des radios amateurs.

  • En Osint de nombreux passionnés veillent et « écoutent » ce qu’il se passe sur le web, sur les réseaux sociaux …
  • Chez les radioamateurs, il y a autant de passionnés qui écoutent ce qu’il se passe sur les ondes radioélectriques.

Ces passionnés (SWL : Short Wave Listener) écoutent les différentes transmissions transitant par ces ondes au moyen de simple récepteurs radio et d’antennes (appropriés à la bande de fréquence écoutée).

Les radioamateurs suivent les navires de la Marine russe depuis des décennies! Ils se sont concertés, ont croisés leurs interceptions et ont ainsi réussi à faire correspondre un grand nombre d’indicatifs à des noms de navires. Alors pourquoi ne pas n’essayer de trouver l’indicatif d’appel de ce navire ?

Pour communiquer, deux stations utilisent des identifiants qui sont appelés « indicatif ».

Donc sur Google, et sans trop se prendre la tête, à l’aide d’un googledork, on peut trouver ceci :

Nous obtenons ici, un résultat plus que prometteur! (Merci F5BJR!!!)

Nous avons donc, semble-t-il l’indicatif d’appel télégraphique de ce navire. Continuons notre investigation avec la requête suivante sur Google :

Cela nous confirme que nous sommes sur la bonne voie!

Une dernière requête sur notre moteur de recherche ; « rjs81 » + « russian navy » nous amène sur

En cherchant sur Log avril 2020 – passion-swl, nous arrivons sur ce qui semble être très intéressant mais sous forme codée. Heureusement, l’auteur a eu la bonne idée de mettre la position décodée sur Google maps.

La réponse à notre recherche :

12464.00 RJS81 : Russian Navy SHIP 1200z CW RJS81 Wkg RIW (QSO and QTC SML FOR RJH45 RJD38 = 14121 99569 10078 41/98 73214 10057 40186 57013 70220 8//// 2212 200140 14012 = = AR RJS81 K – LOCATION : https://goo.gl/maps/SQmfaMC5E15NVtw47) in Duplex – Qsx on 9145 14-APRIL-20 (F5JBR)

Aller plus loin

Depuis de nombreuses années certains des bâtiments de la Marine Russe transmettent à leur QG via la télégraphie (Code Morse) les conditions météorologiques qu’ils rencontrent en mer sous forme de messages « codés ».

Un autre Exemple (comme cela vous pourrez vous exercez à trouver la position, la route et la vitesse du PM-82):

RMFE Wkg RMP (QSO and QTC SML 363 16 14 0900 363 = FOR RJH45 RJD38 = 14061 99576 10108 44598 53506 10067 40150 52010 70311 85500 22232 00050 20201 14013 = AR RMFE K

Ce type de message a une structure connue et nous permet en le décodant d’obtenir la position du navire.

Comment obtenir ce résultat depuis le message codé ?

Suivez le guide. (Seules les parties nous intéressant seront explicitées. Pour de plus amples informations voir ici.)

RMFE = l’indicatif du navire qui transmet le message (l’identifiant « en ligne » du bâtiment)

14 = date 14 avril 2020

0900 = heure de rédaction du message

99576 10108 = position du navire … pour décoder cette partie, on fait comme ça :

1) La position actuelle du navire est codée de la façon suivante:
… 99LaLaLaQcLoLoLoLo

… 99576 10108 … Kézako?

  • 99 Annonce position navire
  • LaLaLa (576) Latitude en degrés et dixièmes de degré. Toujours codé avec trois chiffres, les deux premiers chiffres sont des degrés réels, le dernier chiffre pour les dixièmes de degré (57.6 donc 57.36)Qc (10) Quadrant du globe (spécifiez si la latitude est nord ou sud et la longitude est ou ouest). 

Si le navire est au nord de l’équateur (latitude nord):

– 1 à l’est du méridien de Greenwich (longitude est)

– 7 à l’ouest du méridien de Greenwich (longitude ouest)

Si le navire est au sud de l’équateur (latitude sud):

– 3 à l’est du méridien de Greenwich (longitude est)

– 5 à l’ouest du méridien de Greenwich (longitude ouest)

Si vous me suivez … passons à la longitude.

  • LoLoLoLo (108) Longitude en degrés et dixièmes de degré. Toujours codé avec quatre chiffres, avec le premier chiffre (des centaines) codé comme 0 ou 1. Les trois premiers chiffres sont des degrés réels, le dernier chiffre pour les dixièmes de degré (10,8 donc 10,48)

 les données de route et de vitesse des navires sont codées de la façon suivante:
… 222
DsVs

… 22232

  • 222 indicateur
  • Ds (3) cap vrai du navire pendant les trois heures précédant l’heure d’observation :
  • Vs (2) Vitesse moyenne du navire, en nœuds, au cours des trois heures précédant l’heure d’observation :
  • 0 0 nœud
DsVs
0  immobile0 0 nœud
1 NE1 1 à 5 nœuds
2 E2 6 à 10 nœuds
3 SE3 11 à 15 nœuds
4 S4 16 à 20 nœuds
5 SW5 21 à 25 noeuds
6 W6 26 à 30 noeuds
7 NW7 31 à 35 noeuds
8 N8 36 à 40 noeuds
9 Inconnu9 Plus de 40 noeuds
/ Non rapporté/ Non rapporté

Donc notre navire RMFE est situé au 57.36N 10.48 E en route au sud Est pour une vitesse de 6 à 10 Nœuds.

Et voilà pas si compliqué 😉.

Quelques sources d’intérêt « Sigint ».

Pour le suivi des communications RADIO :

ENIGMA2000 http://www.signalshed.com/ et leur newsletter http://www.signalshed.com/nletter05.html

NumberStations https://www.numbers-stations.com/ ou sur https://twitter.com/Spy_Stations

Priyom : http://priyom.org/

L’union international des radioamateurs https://www.iaru-r1.org/ et spécialement leur newsletter https://www.iaru-r1.org/spectrum/monitoring-system/iarums-r1-newsletters/ qui fait la part belle à la chasse aux « intruders » sur les bandes de fréquences réservées aux radioamateurs.

Pour la connaissance et le suivi des signaux électromagnétiques :

https://www.sigidwiki.com/wiki/Signal_Identification_Guide

Pour le suivi des forces (gouvernement / armée / police) et des fréquences radio HF

(documents un peu anciens mais très instructif)

Udxf : http://udxf.nl/ute-info.html

Signé : Gimli

Violations of the arms embargo in Libya – Methodological Guide

Violations of the arms embargo in Libya – Methodological Guide

A vessel at large of the Libyan coast – Source : flickr

Open source research can help document Turkey’s multiple violations of the Libyan arms embargo.

OpenFacto has been following the conflict in Libya for several months, monitoring open source information and databases. We have specifically focused on the military support provided by several international actors to local armed factions, which is contrary to the resolution passed by the UN Security Council in 2011. This guide focuses on Turkey and its multiple violations of the arms embargo in Libya. Through six case studies, we will show how open sources can be used to identify and document Turkey’s failure to comply with the Security Council resolution, ultimately contributing and aggravating the conflict. In this article we show the methodology for:

  • Identification of ships and planes used for arms deliveries through cross-checking of reports, social networks and the study of traffic to Libyan ports from Turkey and airports.
  • Identification of arms delivery networks or mercenaries linked to arms shipping, terrorist groups and business interests
  • Identification of the Turkish industrials who manufactured the weapons.
  • Identification of the GNA as recipients of the arms (supported by Turkey in the conflict)

Using these methods, we have identified multiple examples that taken together point to a state strategy of concerted support to the Libyan conflict.


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Click on the links inserted in the images to discover the different investigations.


Through these six cases, this guide proposes below a methodology for monitoring and documenting violations of arms embargoes using open-sources.

A methodology for open source monitoring of arms embargoes

The arms embargo regime is a restriction and/or a series of sanctions that apply to arms in the broadest sense but also to so-called « dual-use » technologies (understood to mean both civilian and military). Arms embargoes can have a political, military objective and be a peacekeeping mechanism. It is important to understand what the arms embargo covers in the selected case study of Libya.
In Libya, the arms embargo regime prohibits the sale or supply of « arms and related materiel of all types: arms and ammunition, military vehicles and equipment, paramilitary equipment and matching spare parts, and prohibits the export by Libya of all arms and related materiel » according to Security Council resolution 1970 (2011) of the Libya Committee.
When seeking to identify violations of the embargo by a State actor or otherwise, the main challenge is identifying and establishing the complex system of transactions, purchasing and delivery channels, that are in essence as secretive as possible. In order to be efficient and to try to direct your monitoring and research effectively, we propose a focus on three nodes: the actors involved, the equipment and the delivery circuit.

Detecting embargoes

  • The implementation of an arms embargo or sanctions is decided by the UN Security Council or other state actors such as the European Union. The Stockholm International Peace Research Institute lists them and refers to the official documents instituting the implementation of embargoes.
  • The UN Security Council establishes an embargo monitoring committee by resolution. This committee, made up of a panel of experts, regularly produces very informative reports on the conditions of compliance or violations of the embargo. These reports are a veritable mine of information that focus precisely on the entities or logistical means that make up the circumvention circuit.

Actors involved

  • A good understanding of the conflict in an embargoed country makes it possible to map the local forces involved, and their known or potential international allies. It is important to understand from which international actor factions will seek support in order to identify the potential supplier/buyer relationship that can be established. It’s time to set up your tweetdeck with lists to keep track of news and subject-matter experts on your topic of interest.
  • To witness the material used by the local armed group, social networks are your best friends! Photos or videos of material that has arrived at its destination can be collected via postings by an armed group’s communication organs, or through the social media accounts of members. These can provide proof of the material’s journey from one point to another:
    • follow the pages of the various factions’ media outlets on social networks: Facebook, Telegram, Instagram…
    • follow the pages of social networks dedicated to armed groups or warlords.
    • follow local newspapers that support different factions online to retrieve the images

Equipments

  • SIPRI provides several databases that give an idea of the volumes of arms exported by certain countries. In the case of clandestine activity such as the violation of an embargo, the figures will not necessarily be there, but some indications may attract attention.
  • Specialised maritime information sites regularly post news about maritime seizures of illegal goods or arms: the ports and names of ships are mentioned.
  • Some organizations specializing in arms trafficking research publish guides to identifying some weapons: Small Arms Survey, Conflict Armement Research and iTrace portal.
  • Some tweeters always ready to help: @CalibreObscura, @ArmoryBazaar, @AbraxasSpa, @Silah_Report, etc…
  • Via the videos and images posted online: identify the material but also the quantities where possible.

Delivery routes

  • Circumvention of embargoes is carried out by logistics companies that care little for UN Council resolutions, often by falsifying export documents. It is therefore necessary to identify the ships or aircraft by which the arms are transported and the companies involved.
  • The study of the movements of ships and aircraft, as well as of the country’s embargoed ports, makes it possible to identify the means of transport used to carry the weapons. The basic tools are:
    Marine Traffic, Vessels Finder
    Flight radar
    Equasis an interesting ship-related database which makes it possible to identify ownership.
  • Once in possession of the company’s name, it is necessary to search corporate registration databases and to check the company’s reputation: presence on lists, jurisdictions, other vessels or aircraft conducting questionable deliveries, affiliations of directors.
    OCCRP large database
    OpenCorporate, tvery interesting for companies in Panama…
    ICIJ leaks-based database
  • Websites like Panjiva or 52wmb.com may sometimes show the company sending or receiving shipment on behalf of the sender or the final recipient (as a consignee): this sometimes makes it possible to identify an intermediary in the armament supply network and identify volumes.

Finally, it is necessary to cross-check and compile all the findings to see the recurrence of this type of over a certain period of time.

Additionnal ressources to go further on the other side of the Libyan conflict