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OpenFacto présente son dernier rapport sur une direction technique et opérationnelle du FSB et ses sous-directions directement liées à la ‘kill team’ de Navalny. Ce rapport peut être téléchargé ici en anglais. Ci-dessous nous présentons le contexte à l’origine de ce rapport, nos principaux résultats et la méthodologie utilisée.

AVERTISSEMENT – OpenFacto a utilisé des sources ouvertes pour révéler les autres activités de l’unité du FSB prétendument impliquée dans l’empoisonnement d’Alexey Navalny. Il n’y a aucune allégation que les vaccins approuvés par les autorités sanitaires font partie d’un programme biologique.

Contexte – Tout débute avec un travail exhaustif sur le vaccin russe contre Ebola en Guinée

À la suite du dernier article de Bellingcat sur l’empoisonnement d’Alexey Navalny Novichok, Bellingcat et ses partenaires ont découvert des données indiquant l’existence d’un programme clandestin d’armes chimiques géré par des membres des services de renseignement intérieurs (FSB) de la Russie. L’enquête révèle que Navalny avait été suivi pendant des années par une équipe d’agents d’une unité clandestine du FSB dénommée FSB Criminalistics Institute, NII-2 (Research Institute – 2), ou unité militaire 34435. Dans l’article de Bellingcat, nous apprenons que Kirill Vasilyev est le directeur de l’Unité 34435 qui relève directement du général de division Vladimir Bogdanov, ancien chef de l’Institut de criminalistique et actuellement chef de son entité mère, le «Centre technologique spécial» du FSB. Il est également directeur adjoint du puissant service scientifique et technique du FSB.

Ce centre porte un autre nom auquel OpenFacto et Youri van der Weide désormais affilié à Bellingcat se sont heurtés il y a quelque temps sur une enquête liée aux vaccins Ebola en Guinée par Emmanuel Freudhental: UNIT 68240. Cette unité semble être l’équivalent russe de la DARPA américaine.

Résultats principaux – Une direction technique secrète du FSB liée à la ‘kill team’ de Navalny fait de la recherche et acquière des technologies de surveillance et cyber sensibles et a partagé à des projets avec des laboratoires de recherche russes spécialisés sur les maladies rares et dangereuses

  • Pendant la crise d’Ebola en Guinée, la Russie a joué un rôle important dans la création d’un nouveau vaccin grâce à un écosystème de laboratoires de recherche d’État, y compris le 48e institut central de recherche du ministère russe de la Défense.
  • Le 48e Institut central de recherche est spécialisé sur les agents pathogènes rares et mortels comme le virus de Marburg, le MERS, l’anthrax ou le virus Ebola. C’est une filiale directe du 33e Institut central de recherche, qui a développé des agents novichok. Les deux instituts font l’objet de sanctions américaines pour leurs liens probables avec le programme russe d’armes biologiques.
  • En utilisant des informations librement disponibles de la base de données des marchés publics de la Russie, OpenFacto est en mesure de relier à l’époque le 48e Institut en tant que fournisseur de l’UNITE 68240, une unité militaire du FSB pour un projet portant le nom de code Toledo. La gestion opérationnelle du projet Toledo a été déléguée par l’UNITÉ 68240 à l’UNITÉ 34435, précédemment examinée par Bellingcat pour son implication dans l’empoisonnement d’Alexey Navalny.
  • En utilisant des sources ouvertes et sur la base d’une étude de ses ordres d’achat, OpenFacto est en mesure d’établir que l’UNIT 68240 est une direction de R&D de niche avec un large spectre de recherche allant de l’analyse informatique, à la balistique, à la biologie / chimie ou électronique. L’UNITÉ 68240 supervise au moins trois autres unités: l’unité 34435, l’unité 35533 et l’unité 44239.
  • Sur la base de ses commandes publiques, l’UNITÉ 34435 semble avoir des activités de laboratoire de toutes sortes. Suite à un décret de 2005, une collaboration formelle est organisée entre l’UNITÉ 34435 et les 48e, 33e et 27e instituts centraux de recherche spécialisés sur les pathogènes rares et mortels. En plus de collaborer avec le 48e Institut central de recherche, l’unité a des liens avec l’Institut des problèmes des technologies chimiques et énergétiques, branche sibérienne de l’Académie des sciences de Russie, spécialisé sur la recherche liée à la défense (biochimie, biologie et haute énergie).
  • L’UNITÉ 35533 semble être spécialisée dans les communications techniques, les réseaux sans fil et la technologie de traitement du signal. Elle est impliquée dans une affaire d’enquête sur le contrôle des exportations menée par le FBI pour l’achat camouflé de microélectronique sensible aux États-Unis. L’UNITÉ 35533 a également acquis, testé et mis en œuvre des équipements SORM, la technologie de surveillance russe. Elle est également en relation avec une société privée russe qui fournirait des cyber-solutions offensives à des clients étatiques russes.
  • L’UNITÉ 44239 semble être dédiée à la robotique et à la recherche liée aux explosions avec l’achat de matériaux pyrotechniques via la collaboration avec l’Institut scientifique sibérien mentionné auparavant.

Méthodologie – Un peu de chance; beaucoup de recherches en source ouverte et une bonne compréhension de la plateforme des achats publics russes

  • Certains membres d’OpenFacto ont beaucoup travaillé il y a deux ans avec le journaliste Emmanuel Freudhental sur la présence russe en Guinée pendant la crise d’Ebola et leurs efforts pour créer un vaccin: lors de la publication de l’article de Bellingcat, une adresse postale que nous avions vue auparavant a attiré nos regards et nous a rappelé d’un projet étrange. Nous sommes partis de ce point
  • Pour cette enquête, nous nous appuyons exclusivement sur des informations open source que tout le monde peut trouver en ligne. Il n’y a pas d’accès à des sources externes ni d’accès aux bases de données leakées. Les informations sont reliées entre elles et vérifiées autant que possible. La limite de ce travail est son manque d’informations plus privilégiées pour confirmer ou mettre en évidence ce qui reste caché. Ce travail ne peut que susciter l’intérêt d’autres enquêteurs professionnels pour creuser davantage.
  • Nous avons principalement recherché dans les bases de données des registres du commerce, des bases de données sur les marchés publics, des revues scientifiques, des bases de données de brevets, des documents judiciaires et des médias locaux.
  • Comme le registre du commerce, le système des marchés publics russe est un système très transparent et organisé. Toutes les entités étatiques qui achètent n’importe quel type de services ou de biens saisissent leurs commandes dans un système centralisé qui est disponible pour consultation et assure le suivi des appels d’offres. Parfois, des contrats financiers et des communications entre l’acheteur et les fournisseurs sont disponibles en ligne offrant des informations supplémentaires. Les propositions techniques ne sont pas disponibles en ligne. À partir de la plateforme officielle, des sites Web commerciaux ont émergé pour offrir un suivi des appels d’offres et des analyses des fournisseurs basés sur la plateforme officielle des marchés publics. Toutes ces bases de données restent compliquées à manipuler et nécessitent un certain degré de maîtrise du russe.
Base de données officielle des marchés publics russes
  • En 2017/18, les achats sensibles liés au secteur de la Défense ont commencé à migrer de manière centralisée vers une autre plateforme. Cette plateforme n’a pas été explorée au cours de l’enquête car elle nécessite un accès spécial et est supposée être étroitement surveillée.
Base de données dédiée aux commandes du secteur de la défense russe