Rumeur autour d’une vente aux enchères… pour manipuler l’opinion ?

Rumeur autour d’une vente aux enchères… pour manipuler l’opinion ?

Qui aurait imaginé que la vente d’une œuvre phare du pop art, symbole de la vie californienne, se retrouve au cœur d’un règlement de comptes politique de la famille Assad en Syrie ? Une vente aux enchères éclair, un milliardaire fugitif hongkongais, une rumeur lancée par un média russe… L’actualité de cette œuvre d’art révèle quelques failles de notre époque. Décryptage.

The splash david hockney
The splash david hockney

Le 11 février dernier, à Londres, le tableau intitulé « The Splash », réalisé par l’artiste britannique David Hockney en 1966, a été vendu aux enchères à 23,1 millions de livres, soit 27,4 millions d’euros. La vente aux enchères a été organisée par Sotheby’s, acteur dominant du marché des ventes d’art contemporain. La toile représente une piscine et un plongeoir, avec des éclaboussures, laissant penser qu’un nageur vient de pénétrer dans l’eau. Emblématique du quotidien en Californie où a vécu l’artiste, icône du Pop Art, cette peinture devient la troisième toile la plus chère de David Hockney.

Dans une atmosphère inquiète de savoir si le Brexit ou la crise du coronavirus aurait des impacts financiers sur le marché du monde de l’art, l’enchère semble plutôt décevante, dans le milieu de l’art.

Comme on peut le constater sur cette vidéo du direct de la vente, postée par la page Facebook de Sotheby’s, les enchères autour de l’œuvre de David Hockney, « star » de cette journée, ont été très rapides : la vente a été adjugée après une seule offre à Jackie Wachter, vice-présidente des ventes privées pour Sotheby’s à Los Angeles, mandatée par un client mystère, qui avait posé une garantie de tiers à Sotheby’s.

Vidéo de la vente aux enchères mise en ligne par Sotheby’s, à regarder à partir de 33’05 :

Le système de garanties permet à un vendeur d’être rassuré que son bien sera effectivement vendu, à un certain tarif minimum : le lot peut être garanti soit par la maison de vente aux enchères, soit par un tiers (acheteur intéressé, comme c’est le cas ici). Cette pratique n’est pas nouvelle, mais elle s’observe de plus en plus ces dernières années. En effet, elle permet d’inciter les propriétaires d’œuvres d’art à vendre leur biens, leur donnant la certitude d’une enchère minimum.

Un vendeur fugitif de Macao

Yvonne Lui et Joseph Lau, 2011 / Source Wikipedia

Le vendeur, lui, est connu : il s’agit de Joseph Lau, un milliardaire de 68 ans, actionnaire majoritaire de la Chinese Estates Holdings. Promoteur immobilier de Hong Kong, il détient une fortune d’environ 7,3 milliards de dollars, selon Bloomberg Billionaires Index

Il a été reconnu coupable par contumace de corruption et blanchiment d’argent par un tribunal de Macao, en 2014. Il lui était reproché le paiement d’un montant de 2,6 millions de dollars à l’ancien chef des travaux publics de Macao. Joseph Lau a été condamné à une peine de cinq ans de prison. Hong Kong n’ayant pas de traité d’extradition avec Macao, le milliardaire est pour l’heure fugitif de cette région autonome, puisqu’il refuse de s’y rendre. 

Le fugitif est aussi connu pour avoir acheté l’œuvre « Mao » d’Andy Warhol, en 2006 pour 17,4 millions de dollars. En 2007, il a également acquis un tableau de Paul Gauguin (« Te Poipoi ») pour 39,2 millions de dollars. C’est en 2006 qu’il s’offre « The Splash » de David Hockney, pour 2,9 millions de livres. 

Rumeur d’une vente à Bachar al-Assad : l’info qui fait plouf

Si l’identité du vendeur est connue, celle de l’acquéreur a été objet de rumeur, pour le moins étonnante. En effet, quelques semaines après la vente, plusieurs articles de presse ont relayé que la toile aurait été vendue à Bachar al-Assad, qui l’aurait offerte à sa femme, Asma al-Assad. Ainsi, le 25 avril dernier, Libération publie une chronique intitulée « Cadeau à 27 millions d’euros pour Asma al-Assad : scandale en Syrie après des accusations russes ». 

L’information provient d’un journal proche de Kremlin, Gosnovosti. Libération a pris les précautions de mettre son article au conditionnel, et d’indiquer que l’article à l’origine de la rumeur sa base sur un prétendu compte Twitter syrien introuvable. En réalité, le compte existe bien, mais le tweet qui relaie l’information, illustré en capture d’écran par le journal russe, a été effacé depuis. Ce compte Twitter n’a, à son actif, qu’une dizaine de tweets, et a été créé en janvier 2020. 

Malgré la pauvreté de cette source, l’information est reprise par plusieurs journalistes, parfois avec mesure : 

Comme ici, par un journaliste de Radio Canada : 

Là, par la directrice de l’information parlementaire Public Sénat : 

Pour d’autres, les pincettes ne sont plus de mises et nous voyons par exemple l’auteur du blog « Lunettes Rouges » publié sur le Monde, relayant l’information comme si elle avait été confirmée :

Ainsi encore, ce 8 mai 2020, il persiste et signe, alors même que le doute sur l’information lui avait été signalé suite à son premier tweet : 

Quelques médias relayent également l’information, avec plus ou moins de recul :

Pourtant, ce que révèle la sortie de cette rumeur qui a soulevé indignation en Syrie, c’est un potentiel changement de position de la Russie, envers Bachar al-Assad, mais aussi les règlements de comptes du clan Assad. 

Car il semble que les relations soient houleuses entre Bachar al-Assad et son cousin, Rami Makhlouf, l’homme le plus riche de Syrie, ancien pilier du régime, comme l’explique dans un billet Jean-Pierre Filiu sur son blog du Monde. Le cousin germain de Bachar al-Assad a profité de la libéralisation économique menée par Bachar al-Assad : « Makhlouf s’est alors constitué un véritable empire, accaparant à son profit les « privatisations » d’entreprises publiques, investissant dans les nouvelles banques « privées » et, avec Syriatel, prenant une position dominante dans la téléphonie mobile. Avec une fortune évaluée en milliards de dollars, de 3 à 7 suivant les sources, Makhlouf est devenu le grand financier des milices pro-Assad, dont le rôle dans la répression du soulèvement populaire de 2011 a été déterminant. »

Depuis 2018, les tensions se sont amplifiées entre les deux cousins. Notamment parce que la reconquête par le régime d’une grande partie du territoire syrien entraîne un partage des richesses qui n’avantage pas Rami Makhouf : une partie de ses biens ont été mis sous séquestre, des impôts importants lui sont exigés…

Certains disent que la rumeur lancée au sujet du tableau de David Hockney qu’Assad aurait offert à sa femme, pourrait être l’œuvre d’une tentative de déstabilisation, rappelant que le père (l’un des anciens chefs des services syriens de sécurité) et le frère de Rami Makhlouf sont aujourd’hui installés à Moscou.

Interpellation par vidéos Facebook 

C’est la première fois que le clan Assad se déchire publiquement : le 30 avril 2020, Rami Makhouf publie une première vidéo (qu’il republiera le lendemain) sur sa page Facebook, en public :

Il implore le président syrien de rééchelonner les arriérés d’impôts réclamés par le régime à son groupe, à hauteur, selon lui, de 162 millions d’euros. Le 3 mai, il republie une seconde vidéo, toujours sur Facebook :

Il dénonce ici, comme explique par Le Monde, les pressions exercées sur sa société Syriatel, notamment en arrêtant certains de ses employés : « Quelqu’un peut-il imaginer que les services de sécurité s’en prennent aux entreprises de Rami Makhlouf, qui a été le plus grand soutien et parrain de ces services pendant la guerre ?, s’interroge-t-il dans la vidéo. Si nous continuons sur cette voie, la situation dans le pays deviendra très difficile ». 

Rami Makhouf demande donc de repousser les paiements pour que sa société ne s’effondre pas. Le milliardaire est sous sanction américaine depuis 2008, pour « corruption publique ». L’Union européenne a aussi imposé des sanctions à Makhlouf depuis le début du conflit syrien en 2011, l’accusant d’avoir financé Bachar al-Assad.

Propagande russe 

Outre le conflit entre Bachar al-Assad et son cousin, la rumeur lancée par le média russe souligne, selon plusieurs journalistes syriens anti-régime, la propagande contre Bachar al-Assad lancée par les médias russes, depuis plusieurs mois et dont l’article sur le tableau en est l’exemple le plus « grossier ». L’un de ces journalistes anti-régime y voit même le « signe annonciateur d’une future expulsion de Bachar al-Assad, lors des prochaines élections présidentielles d’avril 2021 »

Mi-avril, le site russe pro-Poutine RIA FAN, détenu par l’homme d’affaire russe Evgueni Prigojine, proche de Poutine, publiait une série d’articles très critiques à l’égard de Bachar al-Assad, comme le signale Benoît Vitkine, journaliste au Monde, spécialiste de la Russie. Le site russe RIA FAN disait avoir effectué une enquête d’opinion dont les sondés donnaient 32% d’intention de vote pour les élections de 2021 en faveur du président actuel syrien.

Ces publications ont depuis été effacées du site, qui évoque « une attaque informatique » pour expliquer l’apparition de ces « fake news ». Le site a-t-il vraiment été victime d’un piratage ? Ou bien le journal russe a-t-il fait machine arrière ? Impossible de la savoir.

Quoiqu’il en soit, comme nous l’avons vu pour la rumeur sur l’achat du tableau de David Hockney par Bachar al-Assad, une désinformation est :

  1. Toujours une information sur d’éventuelles tentatives de déstabilisation : reste à savoir par qui, dans quel but, etc.
  2. Rarement « débunkée » autant qu’elle n’est partagée : l’information fausse peut donc marquer les esprits de lecteurs, pas forcément au courant, après coup, que ce n’était qu’une rumeur.

Mais où est alors la toile « The Splash » ? 

Selon une source proche de Bloomberg, qui a souhaité rester anonyme étant donné le caractère personnel de l’information, David Geffen serait l’heureux nouveau propriétaire de la toile « The Splash ». Une œuvre qu’il connaît bien pour l’avoir déjà acquise par le passé, avant de la revendre en 1985, comme l’indique le site de Sotheby’s :

Source : Sotheby’s

Pourquoi cette information paraît plus crédible ?

  • La source : Bloomberg est l’une des magazines américain les plus importants. Site d’information sérieux, il doit sa notoriété au fait d’avoir des journalistes respectant quelques règles avant de publier une information. Il apparaît peut probable que ce journal prenne le risque de publier une information qui peut être démentie par le propriétaire de l’oeuvre d’art.
  • La probabilité de l’information : un milliardaire qui avait déjà possédé l’oeuvre, ça paraît plausible.

Cette information reste évidemment à prendre avec des précautions mais on peut raisonnablement penser qu’un jour ou l’autre, que ce soit dans 5, 10 ou 15 ans, l’information sera rendue publique, ne serait-ce que lorsque l’oeuvre d’art reviendra un jour dans une salle de vente aux enchères.

Sur la base de cette hypothèse, on peut s’interroger sur la pertinence de racheter une œuvre, des années plus tard, à un prix pharaonique par rapport au premier achat. Même si ce milliardaire n’en est pas à compter son argent (David Geffen a récemment revendu une villa à Jeff Bezos à 165 millions de dollars, alors qu’il l’avait payé 47,5 millions 30 ans plus tôt), ce n’est tout de même pas sa meilleure affaire. Pourquoi racheter « The Splash » maintenant ? 

Nous avons recueilli l’avis de Cédric Aumaitre, directeur de Clear Art Conseil, et auteur d’un article publié le 21 février 2020 « Art et investissement : plongeon dans l’art contemporain ». Pourquoi acheter un tableau plus cher que ce qu’on l’a vendu ? Pour lui, si l’acquéreur s’avère bien David Geffen, seul lui détient la réponse, cependant, on peut tenter d’expliquer le contexte dans lequel s’est fait cette vente : 

« David Geffen est richissime, il possède plus d’argent qu’il ne peut en dépenser, donc le prix n’existe pas, du moins en tant que capacité à acheter. Cependant le prix à son importance, non par le montant de la dépense, mais par ce qu’elle peut signifier pour celui qui achète. Nous pouvons voir dans ce rachat une illustration de l’effet Veblen, phénomène par lequel la demande d’un bien augmente en même temps que son prix. A 30M$ ce tableau est plus désirable qu’à 3M$… » 

Le spécialiste du marché de l’art termine en expliquant que même à 27 millions de livres, l’achat de l’œuvre d’Hockney reste un bon placement : « Nous pouvons penser que ce tableau pourra faire une plus-value importante lors de sa revente. »

Firefox (III) – Les outils de développement – Cas pratique – OSINT sur Zello

Firefox (III) – Les outils de développement – Cas pratique – OSINT sur Zello

Ce billet est le troisième billet d’une série sur le navigateur Firefox.

Nous avons vu dans la première de cette série d’articles sur les outils de développement web de Firefox (« dev tools » pour aller plus vite), comment ils pouvaient être utilisés de manière fine pour collecter de l’information en source ouvertes.
Nous vous proposons aujourd’hui un cas pratique complet d’utilisation de ces outils sur le site internet Zello.com.

Qu’est-ce que Zello?

Zello est une application pour téléphone mobile ou tablette Android et iOS transformant ces derniers en Talkie-Walkie : un gros bouton push-to-talk, un canal public ou privé que vous créez à volonté… Vous voilà équipé de petites radios mobiles à portée mondiale, de très bonne qualité audio, très utiles lors de vos déplacements en famille, par exemple. Les communications, audio ou texte, transitent via le réseau internet.

Cette facilité d’emploi en a fait un réseau également très utilisé lors des conflits par les populations civiles, les groupes armés (au Dombass par exemple), ou les services d’urgences (Casques blancs en Syrie…).

Les chaînes (channel) publiques sont susceptibles d’héberger des messages audio librement accessibles au public et donc de fournir des informations de contexte assez précieuses pour la recherche en sources ouvertes. Mais travailler en OSINT sur le site de Zello n’est pas une sinécure.
Voilà pourquoi les dev tools de Firefox vont nous aider.

Chercher de l’information sur Zello.

Pour cet exemple, nous nous intéressons à la région d’Idleb (Syrie), qui fait l’objet d’une intense campagne de bombardements par le régime syrien et les forces russes depuis plusieurs mois.

L’idée de départ, notre postulat, est que l’application Zello est peut-être utilisée par les secouristes, la population, ou les combattants et que peut-être, nous pouvons récupérer de l’information importante via des bribes de conversation audio.

Zello ne dispose pas d’un moteur de recherches très puissant et qui plus est, ce dernier est plutôt bien caché!

Nous allons donc utiliser un GoogleDork, une requête un peu spécifique, pour rechercher des chaînes en lien avec le secteur d’Idleb.


Les utilisateurs locaux utilisent l’arabe, il nous faut donc contextualiser la recherche en utilisant la graphie arabe de la ville.


إدلب site:zello.com

La recherche renvoie environ 150 résultats mais pour un aspect pratique et concret, nous nous intéressons aux chaînes récentes (moins de trois ans) et comportant si possible un nombre important d’abonnés (subscribers).

La chaîne مرصد ابو عرب سراقب (Observatoire Abu Arab Saraqeb) est particulièrement intéressante :

Créée il y a trois mois environ, elle regroupe déjà plus de 270.000 utilisateurs. Une traduction sommaire de la biographie du profil nous indique qu’il s’agit d’un poste d’observation militaire, destiné à la surveillance du trafic aérien. Le groupe dispose de trois administrateurs, et seize modérateurs, il est donc animé et vivant. Il s’agit d’un système d’alerte équivalent à Sentry Syria, à destination des populations civiles.
A ce stade, il serait déjà possible de s’abonner à cette chaîne sur l’application mobile, en respectant le cas échéant quelques précautions élémentaires (profil, burner phone, etc…).

Effectuons donc un archivage de cette chaîne susceptible de disparaître, sur Archive.Today et sur Archive.org.

Une question se pose : cette chaîne dispose-t-elle de messages publics accessibles sur son site?

L’URL de recherche sur Zello n’est pas facilement accessible.
Pour obtenir les derniers messages postés sur l’ensemble des canaux il faut utiliser cet outil :

https://zello.com/shared/#latest/1//////undefined

Notez la présence peu commune de multiples slashs sur cette URL…
Sur cette page, il est possible de rechercher par channel, par profil, par utilisateur ayant partagé un message. Il est possible de filtrer par langue.

Effectuons un recherche sur la chaîne مرصد ابو عرب سراقب.
Elle retourne une réponse paginées, par tranche de 10 messages, « plus de 1.000 enregistrements » selon le site. On le voit là aussi, la réponse du site est plutôt floue.

Lors de l’analyse d’un site, l’étude d’une URL est aussi très importante.

Cliquez sur le bouton Next. L’URL devient alors :

https://zello.com/shared/#latest/2/%D9%85%D8%B1%D8%B5%D8%AF%20%D8%A7%D8%A8%D9%88%20%D8%B9%D8%B1%D8%A8%20%D8%B3%D8%B1%D8%A7%D9%82%D8%A8/////undefined

Juste après « #latest/« , le chiffre 1 a été remplacé par le chiffre 2 : la pagination est donc accessible simplement en incrémentant cette valeur de 1… Intéressant!

Pour chaque message, les informations disponibles a priori sont les suivantes : nom de l’utilisateur à l’initiative du message, durée du message, chaîne, heure approximative et nombre de lecture dudit message. Pour l’instant, c’est assez vague.
Lorsque l’on clique sur un des messages, apparaît alors le lecteur suivant :

S’il est possible de lire le son, cette première séquence ne permet pas d’aller beaucoup loin dans la recherche, alors même que l’on dispose d’une banque audio visiblement assez conséquente. Plutôt frustrant donc!

Les dev tools à la rescousse!

Ouvrons les dev tools de Firefox, et notamment l’outil Réseau, (CTRL+MAJ+E), sur la page de recherches de la chaîne et réactualisons la page.

En filtrant les requêtes réseau, on constate que le site est assez surchargé de liens vers les réseaux sociaux Facebook, Google, Twitter, Linkedin, etc…
Autant le dire tout de suite, Zello est très gourmand en matière de données personnelles… Heureusement, le Plugin uBlock bloque l’essentiel de ces requêtes…

A ce stade, filtrons ces requêtes en ne gardant que celles au format XHR, prenons la première URL et observons son contenu dans l’onglet « réponse » à droite.

Bingo!
Nous constatons que les dix premiers résultats sont envoyés grâce à un fichier Json contenant l’ensemble des informations (metadonnées), des messages.
Comme dans le premier volet de cette série d’articles sur Firefox, nous cliquons sur cette URL en tant que cURL avec le bouton droit et exportons son contenu dans un terminal, au format Json (le > zello.json à la fin).

curl 'https://zello.com/shared/-/latest/1/%D9%85%D8%B1%D8%B5%D8%AF%20%D8%A7%D8%A8%D9%88%20%D8%B9%D8%B1%D8%A8%20%D8%B3%D8%B1%D8%A7%D9%82%D8%A8/////undefined' -H 'User-Agent: Mozilla/5.0 (X11; Ubuntu; Linux x86_64; rv:68.0) Gecko/20100101 Firefox/68.0' -H 'Accept: /' -H 'Accept-Language: fr,fr-FR;q=0.8,en-US;q=0.5,en;q=0.3' --compressed -H 'Content-Type: application/x-www-form-urlencoded' -H 'X-Requested-With: XMLHttpRequest' -H 'DNT: 1' -H 'Connection: keep-alive' -H 'Referer: https://zello.com/shared/' -H 'Cookie: __cfduid=de2c760986dd4346c968fb357057eb0ef1565680803; PHPSESSID=ea80d5b5aab44ac731725ea949d93851' -H 'Cache-Control: max-age=0' -H 'TE: Trailers' --data 'nonce=9qyne6zvzcv02xmbbl95q5xgjg63p412n491shpfgfs24zr64a5yahv5v6u7f4wl' > zello.json

Il est possible de transformer facilement ce fichier en un fichier tabulaire (csv ou xls) avec un outil tel qu’OpenRefine. Pour l’exemple ci-dessous, certaines colonnes inutiles ou redondantes ont été retirées.

zello-json.csv

1565817526Q7yjr081KxhQabo asad assafhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/Q7yjr081KxhQ08/14/2019 16:18:46 Android 4.65abo asad assafar15658174841565817527
1565793585UxmZEqic5jMgshhehdhdhdhhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/UxmZEqic5jMg08/14/2019 09:39:451Android 4.65shhehdhdhdhar15657935431565793585
15657935314sDN5fB4RK3Snor nortvhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/4sDN5fB4RK3S08/14/2019 09:38:51Android 4.64nor nortvar15657934381565793532
1565793477EdqnvlAwFY5qzzddrreewwhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/EdqnvlAwFY5q08/14/2019 09:37:57Android 4.65zzddrreewwar15657933441565793477
1565793436SD9FMXQID33iahmad.tec200https://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/SD9FMXQID33i08/14/2019 09:37:16Android 4.69ahmad.tec200en15657934121565793437
1565779734xoanwLa4F36Odgdytuhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/xoanwLa4F36O08/14/2019 05:48:548Android 4.65dgdytuar15657780851565779734
1565727084g2she5inRHo2ytrewqjhgdaahttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/g2she5inRHo208/13/2019 15:11:24Android 4.67ytrewqjhgdaaar15657268611565727084
1565698368BI5F4jD63Ockahmdalomlahttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/BI5F4jD63Ock08/13/2019 07:12:481Android 4.56ahmdalomlaar15656982971565698368
1565692805DePxegwqPJbOhasan.basid.jdihttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/DePxegwqPJbO08/13/2019 05:40:05Android 4.67hasan.basid.jdiar15656926851565692805
15656399517wj3tUEXJga2xjssdjjdddhttps://s3.amazonaws.com/zello.sharedmessages/7wj3tUEXJga208/12/2019 14:59:112Android 4.67xjssdjjdddar15656392361565639952

Nous constatons qu’en réalité, les données librement disponibles sur l’application Zello sont beaucoup plus verbeuses que ce qu’il était possible d’imaginer au départ :
– L’horodatage de l’envoi est complet et lisible, la version du logiciel employé également…
– Mais surtout, ce fichier donne l’adresse directe de téléchargement du fichier audio, sur un serveur Amazon S3!

Nous disposons donc désormais d’une liste de fichiers téléchargeables, certes avec des noms apocryphes (ex : Q7yjr081KxhQ…), mais grâce au fichier csv obtenu via les Dev Tools de Firefox, nous disposons également d’une table de correspondance indiquant date, heure de la mise en ligne, ainsi que l’identifiant de l’auteur….

La suite?

L’objet de cet article est essentiellement de vous montrer, à l’aide d’un cas concret, comment les Outils de Développement Web du navigateur Firefox peuvent vous aider dans vos recherches en Sources Ouvertes.

Vous remarquerez que nous n’avons utilisé aucun outil miraculeux hormis Firefox mais qu’en suivant une démarche méthodique simple (Que cherche-t’on?, requête google adaptée, première analyse de page, archivage, analyse fine complémentaire via les dev tools….), nous avons pu remonter des informations essentielles à notre recherche,

Mais en plus de la collecte d’informations, ces outils ouvrent de nouvelles perspectives pour l’automatisation de cette collecte, dont voici quelques pistes :

  • Il paraît impossible a priori de déterminer facilement le nombre total de messages disponibles (« plus de mille » nous indique le site…). Toutefois, en remplaçant la valeur numérique dans l’URL par 100, 101 (etc…)


https://zello.com/shared/#latest/2/%D9%85%D8%B1%D8%B5%D8%AF%20%D8%A7%D8%A8%D9%88%20%D8%B9%D8%B1%D8%A8%20%D8%B3%D8%B1%D8%A7%D9%82%D8%A8/////undefined

et en observant le contenu affiché, il est possible de constater que le premier message a été posté il y a cinq mois (valeur numérique 101) :

  • Le corollaire de cette constatation, est qu’il est sans doute possible (spoiler : oui c’est possible!) de créer un script informatique simple (en Python, en Bash, en DOS, en R…), sous forme d’une boucle allant de 1 (première page), à 101 (dernière page), capable de récupérer en quelques minutes, l’intégralité des messages (1.010 à la date de rédaction de cet article) de cette chaîne Zello!
  • Enfin, disposer d’un gros millier d’adresses Amazon S3 permet également d’envisager de créer une boucle identique, capable d’aspirer facilement l’intégralité de ces données pour analyse et archivage….
  • Ces données peuvent être analysées de plusieurs manières : contenu des conversations (type d’aéronefs, bilan humains, géolocalisation des impacts….), statistiques sur la fréquence des observations qui donnent une idée de l’intensité des bombardements, et peuvent aider les enquêtes (citoyennes, journalistiques, judiciaires…) en livrant des éléments de contexte difficiles à recueillir d’une autre manière…

Ces pistes feront l’objet de petits articles supplémentaires ici-même dans quelques temps! 🙂