Nouvelle usine secrète et missiles balistiques en Iran: la symbolique des images

Nouvelle usine secrète et missiles balistiques en Iran: la symbolique des images

Par une équipe de recherches OpenFacto

A l’occasion du quarantième anniversaire de la Révolution Islamique en Iran, la chaîne Channel 1 TV a diffusé un reportage le 7 Février 2019 dans la grande tradition de la démonstration de la force militaire du pays. Le reportage met en avant l’inauguration d’une nouvelle usine secrète de fabrication de missiles balistiques iraniens, un nouveau missile balistique d’une portée de 1000km le Dezful et un tir de missile. Le journaliste conduit également une longue interview du Général Major Mohammad Ali Jafari au commandement des Sepah-e Pasdaran, les gardiens de la Révolution et du Général Amir Ali Hajizadeh, le commandeur de la force aérospatiale des gardiens de la Révolution.

Le site MEMRI offre une version sous-titrée et juste le script aussi en anglais.

Décrypter la vidéo

La vidéo montre une usine souterraine où des scientifiques masqués travaillent sur plusieurs missiles : c’est ici où les deux généraux sont interviewés par le journaliste. D’autres images montrent le missile Dezful et le tir d’un missile balistique. A la vue de ces images, il s’agit d’une démonstration de force de l’Iran dans sa capacité balistique. Les images de la vidéo laissent penser qu’il s’agit à la fois d’une présentation de la nouvelle usine et du nouveau missile mais aussi un tir d’essai de ce dernier. Cependant et comme toute vidéo de propagande, il convient d’essayer de décortiquer ce que nous voyons pour comprendre ce qu’il se passe vraiment.

Dans un premier temps, on remarque qu’il s’agit d’un montage vidéo utilisant des images provenant de sources différentes afin d’agrémenter l’entretien conduit dans l’usine avec des éléments visuels aditionnels. Nous avons donc en réalité 4 types d’éléments  visuels à analyser :

  • L’entrée de l’usine
  • Le tir d’un missile orange
  • Le tir d’un missile blanc
  • L’usine dont la cohérence de la séquence est déterminée par la présence du journaliste et des généraux militaires

Au temps 0:31 la vidéo montre l’entrée en accéléré d’un long tunnel qui débouche sur une porte avec au sol un drapeau israélien. Ce plan rapide n’est pas propre à cette vidéo mais issu d’une vidéo datant du 8 mars 2016 en référence à des exercices au nom de code Eqtedar-e-Velayat montrant une base souterraine abritant des missiles balistiques qui seront tirés à plusieurs endroits du pays. Est-ce en réalité la même usine dont on montrerait simplement d’autres plans? Est-ce une autre base? On peut donc se demander si la nouvelle usine en question possède ce type d’agencement et de peintures au sol. Difficile à dire.

Vidéo d’une usine sous terre datant de 2016

Dans les vidéos utilisées par MEMRI, on peut voir des tirs de missiles qui peuvent donner l’impression d’être un seul et même missile. Pourtant, on peut voir à la minute 00 :48 et 00 :50 qu’il s’agit de deux différents démontrant a priori une comparaison entre l’ancien Zolfaghar et le nouveau Dezful.

Nouveau missile Dezful
Missile Zolfaghar

En faisant un reverse image, nous tombons sur le compte Instagram de Iranian Defense Power qui fait une revue détaillée de ces deux missiles avec des images originelles.

Finalement, la video permet de réaliser un mapping grossier et illustratif (non représentatif des plans réels de l’usine) de certaines parties de l’usine secrète. Les images diffusées ainsi que l’agencement spatial de l’usine montrent surtout la partie assemblage et de stockage des missiles.

Il n’est pas possible de dire si les pièces sont fabriquées sur place ou si elles proviennent de différents sites.

Mapping illustratif des couloirs potentiels de l’usine basé sur les vidéos tournées dans l’usine

La presse iranienne mentionne dès Mai 2017 la fabrication du missile Dezful dans The Tehran Times en indiquant qu’une troisième usine sous-terre a été construite pour la production de missiles balistiques. Cette déclaration est faite dans la ville de Dezful par le Commandant des Gardiens de la Révolution, Sardar Amir Ali Hajizadeh.

Il n’est pas possible de géolocaliser les images de l’usine dans une ville précise.

Néanmoins, le nom du missile et le lieu de cette déclaration ne sont pas un hasard et révèle la portée symbolique que le régime veut donner au programme balistique pour mobiliser l’opinion publique. Dezful est une ville à l’Est de l’Iran dans la province du Khuzestan, près de la frontière irakienne. La ville abrite la base aerienne de Dezful Vahdati – 4e base aérienne du pays. Elle a été bombardée au début de la guerre Iran-Irak. Alors que le pays étant sous sanction et ne disposant pas de forces de frappe pour se défendre, cet évènement reste un traumatisme national. Cela lui a valu d’être appelée la Ville des Missiles et la Ville de la Résistance.

Exploration de Dezful, ville militaire emblématique

Il est intéressant d’explorer la ville pour en comprendre sa position stratégique. Sur wikimapia et grâce au filtre « militaire », un certain nombre d’installations militaires importantes liées à l’histoire de la ville et la présence de la base sont répertoriées.

Les sites sur lesquels il est intéressant de s’attarder sont la base aérienne, la base SAM et un radome non répertorié sur Wikimapia.

La base aérienne est un aéroport civil depuis fin 2007 mais aussi une base militaire qui accueille le seul salon militaire ouvert au public iranien du pays. L’utilisation de la fonction « time » de Google Earth permet de voir divers avions et jets sur le tarmac.

Vue de la base en 2013 avec la fonction time de Google Earth

L’intégration de photos permet de voir le type d’avion présenté au moment du salon annuel.

SU-24 Fencer

En se promenant autour de la ville de Dezful, nous pouvons découvrir cette base carrée clairement délimitée par des murs et à caractère militaire avec des zones SAM (entourées en rouge). L’existence de cette base est antérieure à 2003.

Base militaire protégée

Cachée à l’est dans la montagne, on retrouve une base militaire avec un radome abritant un radar. Les sites SAM (entourés en rouge) sont là pour le protéger. Il est intéressant de noter que le radome est très récent: 2018 avec un période de construction en 2017 et un radar classique jusqu’en 2016.

Vue en Juin 2018
Vue en Juillet 2016

Ce lieu confirme l’importance très stratégique de Dezful dans la défense aérienne du pays et met en lumière le narratif qui peut accompagner le nouveau Missile Dezful.

Le QG des Night Wolves Europe d’un peu plus près

Le QG des Night Wolves Europe d’un peu plus près

En plein été les media slovaques et internationaux ont relayé qu’un groupe de motards liés aux Night Wolves, un gang de motards ouvertement affilié à Vladimir Poutine, sous sanctions économiques et impliqué en tant que milice en Ukraine, a établi un camp militaire abritant des vieux tanks et des équipements militaires dans le village de Dolna Krupa, à 70 km de Bratislava, la capitale Slovaque. Cette recherche courte explore l’actionnariat du terrain sur lequel est établi le camp, la création des Night Wolves Europe et les affiliations et partenariats apparemment associés.

Qui sont les Night Wolves?

Les Night Wolves est un club qui rassemble fan de rocks et motards formé en 1983 en Russie et qui deviendra alors le premier group officiel de motards de l’Union Soviétique. Depuis 1989 le club est dirigé par Alexander Zaldostanov, dit le Chirurgien. En jetant un coup d’oeil rapide à la page Wikipedia du groupe, on comprend que les Night Wolves dirigent un certain nombre de studios de tatouage, de festivals de rock et de moto et de magasins de réparation. En 2018, le club compte des chapters – sous groupes – dans plusieurs pays européens, notamment d’ex-Union Soviétique (Ukraine, Roumanie, Biélorussie, Allemagne, Serbie, Lettonie, Bosnie, Macédoine, République Tchèque, Bulgarie, Monténégro), Australie, Philippines, en plus de chapters régionaux en Russie et d’un groupe de nomade. Le groupe est très proche du Kremlin et de Vladimir Poutine partageant des valeurs nationalistes et des liens avec l’Eglise Orthodoxe.

Les Night Wolves en Slovaquie

Les Night Wolves Europe ont été officialisés en Juin 2017, avec la création d’une page Facebook. Ce chapter est dirigé avec Jozef Hambalek, Président, et Peter Rusko, à l’administration. La page communique principalement des informations en russe et relaie les messages du Chirurgien.

Source – image du profil Facebook de Jozef Hambalek & Night Wolves Europe 

Jozef Hambalek

Sur les réseaux sociaux et dans les registres du commerce, on apprend que Jozef Hambalek est à la tête de plusieurs sociétés (certaines actives d’autres non) liées aux motos: vente, réparation, événements.

En plus, il dirige aussi DHZ Pole, une association volontaire de pompiers à Travna. Son unité a recu une médaille lors d’une mission particulière et est aussi connue pour ses équipements militaires rénovés utilisés en mission.

Source – page Facebook de DHZ Pole

Le Hangar 58

En observant les photos et video du camp des Night Wolves Europe, on peut identifier sa localisation aux coordonnées suivantes grâce aux motifs des tanks sur le sol: 48.4593488,17.5529638.

Source – Google Map

Grâce aux images satellites de Google Earth et Terraserver (merci @hpiedcoq), on peut voir que la création du camp bien avant les reportages de cet été et la dater d’avant Septembre 2017 juste après la formation officielle des Night Wolves Europe.

Source – Google Earth & Terraserver

A ces coordonnées, Google Map indique le nom d’une société, Insema Rybníčky s.r.o. , une ferme de cochons. En consultant le registre du commerce slovaque, la société a été créée en 1996 avec pour actionnaires Miroslav Belansky, Pavol Bolecek, Jozef Macz and Pavol Matys. Ses activités enregistrées? Production agricole, achat de biens pour la revente, conseils commerciaux et brokage. En décembre 2015, Martin Konya rentre au capital de la société. D’après sa page Facebook, Martin Konya est un ami Jozef Hambalek et un motard lui-même.

Source profil Facebook de Martin Konya 

Sur base des modifications portées au registre du commerce, la société change de nom pour Hangar 58 s.r.o. en avril 2017, devient une entité à actionnariat unique avec seulement Konya et change également ses activités commerciales enregistrées:

  • Publication et édition
  • Services informatiques
  • Services administratives
  • Maintenance de véhicules motorisés
  • Services d’hébergement
  • Provision de services pour fast food
  • Facturation
  • Location associée avec la provision de services non essentiels
  • Location de véhicules
  • Service de nettoyage
  • Gestion des lieux culturels, sociaux et de loisirs
  • Organisation d’événements sportifs, culturels et sociaux
  • Freight par véhicules d’un pods de 3.5 tonnes
  • Stockage et activités auxiliaires de transport
  • Provision  de services d’une nature personnelle
  • Services de coursier

Le 23 Mars 2018 la société est transférée à Jozef Hambalek.

Alors à quoi sert le Hangar 58?

A premières vues, ce n’est pas très clair. Dans la tradition des Night Wolves, il semble que l’utilisation principales du hangar est pour permettre à ses membres de réunir afin de fêter les événements marquants du club et être ensemble.

Sources – Night Wolves Europe Facebook page

Mais le 25 Mai 2018, Jozef Hambalek ouvre la société Patriot Park s.r.o afin de gérer un musée militaire sur la base sur le modèle du Park Patriot russe qui expose des équipements militaires russes.

Un scandal est né dans les media suite aux révélations de l’obtention des équipements militaires par Hambalek de l’Institut Militaire Historique sous tutelle du Ministère de la Défense Slovaque. En Septembre 2018 Hambalek se verra contraint de rendre les tanks et véhicules armés au musée.

Finalement et à l’occasion du premier anniversaire des Night Wolves Europe, Hambalek scelle une alliance officielle avec Peter Svrcek, leader des Slovenski Branci, un groupe para-militaire d’extrême droite dans le but d’une coopération mutuelle basée sur une idéologie et des buts communs.  Svrcek le fondateur et commandeur de la Première Unité a recu un entrainement militaire complet de l’association Russe Stiag (Drapeau) ainsi qu’un entrainement parachustiste dans un club d’aviation à Prievidza en Slovaquie. Il vient juste d’obtenir son diplôme d’archéologue à l’Université de Bratislava.

Source – PS Instagram and Night Wolves Europe Facebook

Les termes de cette alliance semblent impliquer l’utilisation des lieux du Hangar 58 pour l’entrainement des membres de Slovenski Branci comme certaines photos promotionnelles montrent sur les réseaux sociaux.

Source – SB Instagram

Dans un rapport écrit en 2017 par  Grigorij Mesežnikov et Radovan Bránik,  Slovenski Branci est décrit comme étant modelé sur les clubs para-militaires russes tant en termes d’idéologie et solidarité pan-slave que d’entrainements et activités. L’organisation est dépeinte comme un relai fort des vues politiques de Moscou et a même vu un de ses membres – Martin Keprta – partir de Slovaquie en 2014 pour aller combattre en Ukraine aux côtés des forces pro-russes.

Plus important encore, les liens entre Slovenski Branci et les Night Wolves ne sont pas nouveaux mais remontent à l’ été 2016 quand le groupe para-militaire a reconnu publiquement sur Facebook leur intention d’organiser un circuit de motards sur les territoires slaves.

Sur base de contacts, communication et coopération mutels de long-terme entre les motards slovaques et russes, cette idée a attiré l’attention du club des Night Wolves basé à Moscou« 

Source – SB Facebook page

De tout cela, on peut donc facilement conclure que les Night Wolves ont établi des liens solides de long terme – et non pas suite à cet été – avec des groupes d’extrême droite bien organisés et financés au coeur de l’Union Européenne. Une question en suspend: comment les gouvernements locaux et l’Union Européenne vont gérer cette situation?

Géolocalisation du Moyen-Orient – le guide

Géolocalisation du Moyen-Orient – le guide

Parce que le Moyen-Orient ca n’est pas que la guerre et cela reste très envoûtant, Capteurs Ouverts fait un quizz de géolocalisation tous les jeudis avec un double objectif: se faire l’oeil aux paysages de la région et prendre connaissance de plusieurs outils et techniques pour s’exercer à la géolocalisation.

Pourquoi faire de la géolocalisation d’images et de vidéo? Pour vérifier si des événements ont vraiment eu lieu (où et quand), pour solidifier un faisceau de preuves (la Cours Pénale Internationale a déjà publié un mandat d’arrêt sur base de vidéos de réseaux sociaux).

Attention – cette page sera mise à jour régulièrement avec les solutions.

Erbil, Kurdistan irakien, @36.1892907,44.009303

Pour commencer il faut identifier les éléments remarquables et uniques sur la photo: ici des portraits et des éléments architecturaux.

On peut donc chercher sur internet les portraits des dirigeants et le drapeau qui donnent le Kurdistan

Les dirigeants du Moyen Orient – cherchez l’erreur….

La localisation (Erbil et Citadelle) précise peut être identifiée de plusieurs façons 1) l’utilisation de la fonctionnalité image de google/ yandex / tinyeye et l’extension RevEye est bien pratique 2) En recherchant des mots clefs Kurdistan + carpets + shop

Les coordonnés gps approximatives s’obtiennent en utilisant la fonction street view de Google Map (Le petit bonhomme orange).

Beyrouth, Liban @33.9016932,35.4902109 

Suivant la méthodologie initiale, on isole les éléments remarquables de la photo: un paysage en bord de mer, la jetée et des immeubles sur la droite.

L’utilisation de reverse image permet d’obtenir des indices de localisation: Liban et Beyrouth.

L’observation de google map montre en effet un grand front de mer.

En utilisant Google Street View, l’intégralité du bord de mer est disponible et permet donc d’essayer de trouver les éléments de la photographie initiale.

Téhéran, Iran, @35.7761143,51.4134674

Sans déroger à la règle, il s’agit d’isoler dans un premier temps les éléments uniques de la photo: ici un paysage urbain avec de la végétation, des montagnes en fond, des éléments architecturaux, une dome bleu. Cette méthode de départ a deux avantages: elle permet de passer du temps à identifier des détails uniques et face à une image difficile offre une démarche systématique pour démarrer.

Dans ce cas, la tour étrange à gauche est l’élément unique de départ. Une recherche de liste des buildings les plus hauts au Moyen Orient nous donne la réponse. Il s’agit de la tour Milad à Téhéran.

Pour progresser à l’étape suivante, il s’agit de déterminer à partir de la Tour Milad le périmétre potentiel de couverture de l’espace jusqu’au point de vue du photographe. L’idée est de réduire le périmètre de recherche des autres éléments remarquables à quelques quartiers de Téhéran. Les deux cercles bleus permettent de délimiter la photo: les montagnes à droit et la tour à gauche. Les autres éléments architecturaux se trouvent donc entre ces deux points.

L’étape suivante est de trouver la localisation du building noir qui pourrait être au niveau des quartiers de Vanak, Saadat Abad. Le bâtiment étant grand sur la photo, cela veut dire qu’il est prêt du photographe et plutôt loin de la Tour Milad. Cela vaut le coup donc de survoler la carte en commencant par les quartiers au milieu du carré jaune et entre les deux lignes bleues.

On tombe donc sur le ministère de l’énergie aux coordonnées suivantes: @35.7734441,51.4068829. En zoomant sur les coordonnées, il est facile de voir autour un bâtiment, l’hôpital Rajaie qui correspond architecturalement à la photo initiale. Le photographe obtient une perspective où l’hôpital est positionnement devant le Ministère. On peut voir sur la photo initiale qu’il y a une rue entre le photographe et l’hôpital. En tracant donc une flèche, on obtient la Tour Mellat avec un degrès de confiance assez élevé.

Les relevés météorologiques en sources ouvertes

Les relevés météorologiques en sources ouvertes


Lors de vos recherches en sources ouvertes, il est parfois nécessaire de disposer de relevés météorologiques précis d’une zone géographique et une période donnée.
Ainsi, si vous cherchez à identifier la chrono-localisation d’une image ou d’une vidéo présentant de la neige, il est important de pouvoir vérifier vos déductions, à l’aide d’éléments externes.

Bien sûr, il existe une liste importante de site météorologiques en français ou en anglais, capables de vous renseigner.
On citera par exemple Météo-France, Weather Underground…

Malheureusement, ces sites ont une mémoire relativement récente et disposent de statistiques assez lacunaires. Par ailleurs, certaines zones géographiques assez lointaines sont peu référencées, notamment si l’on cherche un historique ancien.

(suite…)