La minute GEOINT – Chercher un toponyme

La minute GEOINT – Chercher un toponyme

Par Geofan


La minute GEOINT est un court billet qui donne des clefs techniques, trucs et astuces rapides pour enrichir votre pratique de la recherche open source sur les sujets géospatiaux.

Chercher un nom de lieu – un toponyme – peut parfois être une vraie difficulté (lieu-dit, mauvaise traduction, toponyme local, etc), surtout si l’on travaille uniquement avec google (qui renverra assez logiquement vers google maps). Il existe néanmoins plusieurs moyens de rechercher un toponyme, gratuitement et quelques éléments à avoir en tête.

Les sites cartographiques « généralistes »

Évidemment, chercher dans google est la façon la plus rapide et parfois la plus efficace pour trouver un toponyme.  Il est important d’avoir en tête que chercher directement dans google maps restreint déjà plus le champ des recherches et permet de se concentrer sur les noms de lieux. A ce stade, il ne faut évidemment pas s’arrêter à google, mais consulter également bing maps, wikimapia.
D’autres sites plus spécialisés peuvent être utiles, notamment pour certains pays spécifiques :


Chine
Évidemment, il faudra connaître le nom en chinois, mais passer par un site de traduction peut s’avérer utile. Les sites de référence sont :
•         https://map.baidu.com/
•         https://map.qq.com/ (tencent) qui contient notamment un excellent remplaçant de google streetview
•         https://ditu.amap.com/ (plutot orienté navigation routière, le waze chinois)
A noter qu’il peut exister des différences certaines de localisation d’un lieu entre google et baidu, on peut ainsi constater un décalage de plusieurs centaines de mètres (le décalage est expliqué dans l’article wikipedia)
De façon plus exotique, certains types de cartes (à la SIM/Populous) sont parfois populaires. Par exemple la carte de Shenzen:  http://sz.chachaba.com/


Inde
Bhuvan est vraiment le site incontournable avec deux versions :
•     https://bhuvan.nrsc.gov.in/bhuvan_links.php,
•     https://bhuvanapp1.nrsc.gov.in/bhuvan2d/bhuvan/bhuvan2d.php pour la visualisation en 2D


Russie
Yandex maps s’impose en première ligne pour la Russie  mais n’ est pas la seule option :
• 2gis
militarymaps qui s’apparente au pendant oriental de liveuamap nécessitera une inscription VK

Les sites de toponyme (gazeteer)

Un gazeteer ou « index géographique » est un dictionnaire géographique utilise conjointement avec une carte ou un atlas. S’il ne fallait en citer que deux, ce serait geonames et nominatim :
• https://www.geonames.org/
• https://nominatim.openstreetmap.org/
Ces deux bases sont assez différentes par construction, il est donc souvent nécessaire d’utiliser les deux. Un point d’attention concernant les résultats, car on parle bien de toponymes, cela concerne donc autant un nom de village que de montagne. On trouvera ici une description de tous les types d’objet : http://www.geonames.org/statistics/total.html
Une troisième base fait référence, c’est celle du gazeteer de Getty:
• Gazetteer – World – Getty Thesaurus of Geographic Names :
lien http://www.getty.edu/research/tools/vocabularies/tgn/

Chaque pays peut développer sa base de toponymes, c’est souvent une des missions d’un institut géographique national. Il faudra donc ne pas hésiter à chercher par pays:

La question de la langue

A noter qu’une des difficultés, c’est naturellement la langue. New York et Nueva York c’est la même chose. 巴黎  Париж et Paris, également.  Pourtant, une recherche d’un toponyme en français peut donner des résultats fortement différents de la langue d’origine.

Pour aller plus loin

Une simple recherche « national geographic institute » ou « mapping agency » avec le nom du pays peut vous permettre de trouver de nouvelles sources d’information.

Enfin, dernier conseil. Un nom de lieu est une représentation culturelle, dont la réalité géographique peut être vague.
Menilmuche, par exemple, est bien un lieu, dont certains proposeront une délimitation mais qui peut être « floue ».

Source de l’image d’illustration : Fucking, Autriche – Wikipedia

Un peu d’Hist-OSINT…

Un peu d’Hist-OSINT…

Sur le réseau Twitter, l’ami Eric Pommereau sollicitait ces jours-ci un coup de main pour localiser deux scènes de la vie familiale tirées de films au format 9.5, numérisés par ses soins.

La résolution des images est assez faible, compte tenu de l’âge des films et du matériel utilisé à l’époque pour filmer. Il est donc difficile en l’état de pouvoir localiser cette scène. Eric précisait alors que l’image du port était disponible en ligne sur le site Vimeo.

Comment résoudre l’énigme du port?

Nous allons détailler ci-après le processus en différentes étapes, et voir avec quels outils, libres, gratuits et compatibles avec tous les systèmes d’exploitation (toujours!), il est possible d’arriver à un résultat tangible.

1- Collecter et archiver la source :

Dans un premier temps, j’ai donc récupéré le film au format MP4 pour l’étudier en détail, en utilisant JDownloader, permettant de télécharger à peu près n’importe quel type de fichier multimédia. J’ai essayé deux plugins Firefox avant cela, mais le format généré par Vimeo était bourré d’erreurs.

Pour les photos, il est utile de rappeler ici que pour récupérer les photos originales de Twitter, sans compression et dans la meilleure résolution, il convient d’ajouter « :large » à la fin de son URL :

https://pbs.twimg.com/media/D6B1OavXsAESdF6.jpg
https://pbs.twimg.com/media/D6B1OavXsAESdF6.jpg:large

2- Analyse visuelle

Une fois récupéré, il est possible de l’étudier attentivement pour remarquer quelques détails :
– Le bateau à 0’40 est immatriculé à Auray (Ay), celui à 1’50 est du Guilvinec (GV). A ce stade, on peut confirmer l’hypothèse initiale d’Eric qui était la Bretagne sud.


– A 2’06, on peut voir le Guedel qui faisait Quiberon Belle-ile en mer, et plus étonnant, à 2’40 l’Insula Oya, qui faisait les trajets vers l’île d’Yeu depuis Fromentine.

Dès lors, on peut déjà indiquer que Port-Maria à Quiberon représente une piste sérieuse : port d’attache du Guédel, il est situé dans une ville balnéaire développée et assez cossue (bâtiments en arrière-plan). Les ports de Belle-île-en mer (Sauzon et Le Palais) sont eux beaucoup trop étroit pour correspondre.

A l’aide du logiciel GIMP et de son greffon GMic, nous pouvons éclaircir et affiner légèrement la netteté d’une des captures d’écran réalisées avec VLC, le lecteur multimedia.

Le Guédel, amarré à son quai (image retouchée)

Une source précieuse d’information, lorsque l’on recherche des images anciennes, est bien évidemment les sites d’achat/vente/collection de cartes postales anciennes.
Pour le Morbihan, il est possible notamment de découvrir à l’aide de Google ou de Qwant, ce site assez complet sur Quiberon où l’on découvre ces deux cartes postales.

3 – Aller plus loin

Encore une fois, le format 9.5 ici utilisé est assez resserré, et d’une résolution très faible. Une technique très utile en matière de GEOINT pour donner du champ et de l’espace est de confectionner des panoramas.
Pour ce faire, nous allons utiliser deux fonctions de VLC : la capture d’écran, et la lecture frame-by-frame, c’est à dire image par image. Pour cela, on met le film en pause et on appuie sur la lettre « e » pour faire défiler le film. On gardera alors plus facilement les images nettes.
L’idée est de conserver 4/5 images assez similaires, idéalement dans le même plan, comme dans cet exemple.

A l’aide du logiciel Hugin, nous allons assembler ces images automatiquement et obtenir le panorama suivant :

Port-Maria à Quiberon (56)

Le film d’Eric présente plusieurs scènes qu’il est ainsi possible d’assembler:

On notera que la scène finale est caractéristique du relief de Belle-île-en-Mer et plus particulièrement du site de la Grotte de l’Apothicairerie, dont on peut trouver quelques clichés sur Flickr, par exemple. Il faudrait sans doute compléter les recherches pour identifier le lieu précis de prise de vue.

4- En résumé

On le voit, avec quelques outils libres et gratuits (lecture et retouche d’image, création de panorama….), un peu de méthode et de technique, et en utilisant un fond documentaire adéquat, qui servira d’imagerie de référence, il est possible d’identifier un lieu sur la base de quelques images.

Comment résoudre l’énigme des bagadous?

Pour les bagadous, c’est a priori un peu plus difficile : on ne dispose pas du film d’origine.
Il faut donc travailler sur l’image elle-même. On repère ainsi une longue avenue qui évoque la sortie de la ville, une devanture de magasin ou d’un restaurant, quatre piliers de clôture aux formes assez caractéristiques, une dans le décrochement de l’immeuble assez haut, sur la façade, une inscription « Hôtel de la gare Bar- Restaurant« .

En essayant d’améliorer l’image de l’inscription sur le mur, on peut imaginer que l’inscription pourrait se terminer par ON, et qu’il pourrait s’agir de Quiberon. Il faut convenir qu’à ce stade, c’est une maigre piste, mais il faut bien un point de départ….

A l’aide de Google images, nous allons donc chercher s’il existe des cartes postales du quartier de la gare de Quiberon, qui pourraient confirmer ce lieu en effectuant deux recherches :

"place de la gare" quiberon

"hotel de la gare" quiberon

Deux images sautent immédiatement aux yeux :

Ce lieu est situé à proximité de la gare à Quiberon, et même s’il a quelque peu changé de nos jours, on reconnaît aisément les piliers de clôtures dont deux exemplaires sont toujours présents, et la façade de l’immeuble à gauche. L’immeuble a quant à lui disparu, et a été remplacé par un bâtiment plus bas, disposant d’une emprise sur ce qui était à l’époque la terrasse.

THAT’S A MATCH!

Épilogue

Vous aimez l’OSINT? rejoignez-nous au sein de d’OpenFacto et inscrivez-vous à nos ateliers! 🙂

Edit : 09/05/2019 14:53 : J’ajoute ce lien fourni par @il_kanguru sur Twitter :

Introduction à la géolocalisation pour des étudiants de Sciences Po Paris

Introduction à la géolocalisation pour des étudiants de Sciences Po Paris

Introduction et cas pratiques animés par Lou

OpenFacto a eu l’opportunité d’intervenir le 6 Mars dernier dans le cours de C. Cohen intitulé « Politics of images in international conflicts » à Sciences Po Paris qui débat du rôle des images dans les conflits et de leur utilisation à des fins politiques.

Au programme: une introduction aux techniques de vérification et géolocalisation des images et des vidéos, questions à se poser dans le cas d’une actualité chaude, méthodologie pour géolocaliser et dater des images et une introduction à quelques outils en ligne. L’atelier s’est terminé par l’étude de 3 cas: un groupe terroriste en Syrie, des manifestations au Soudan et un cas de désinformation sur l’Iran.

OpenFacto a adoré partager avec les étudiants très curieux sur le sujet! Un grand merci au professeur pour cette opportunité.

Compte-Rendu du 1er atelier OSINT OpenFacto à Paris (23-24 février 2019)

Compte-Rendu du 1er atelier OSINT OpenFacto à Paris (23-24 février 2019)

Le premier atelier Recherches en Sources Ouvertes d’OpenFacto s’est déroulé les 23 et 24 février 2019 à Paris dans le 19e arrondissement.Il s’agissait pour nous de tester grandeur nature ce concept de formation sur deux jours sur un public de quelques happy-few d’horizons variés.

13 (oui treize!) stagiaires (journalistes indépendants et de divers média nationaux français ou européens, mais aussi étudiant, activistes, enquêteurs), ont pu se former ou approfondir leurs connaissances en recherches avancées, en géolocalisation et analyse de sources internet et réseaux sociaux, sous la houlette d’Hervé.

1er atelier OSINT OpenFacto à Paris en février 2019

Cette première session, très orienté « pratique » s’est notamment appuyée sur de nombreux exemples et cas concrets, permettant de découvrir et manipuler un grand nombre d’outils pour la plupart gratuits et/ou open-source. Si, certains utilisateurs étaient d’un niveau très avancés, d’autres découvraient les possibilités infinies de l’OSINT.

1er atelier OSINT OpenFacto à Paris en février 2019

Un des éléments clefs de cette formation était le développement de la méthodologie d’enquête, basée sur différentes approches séquentielles : observation, puis technique et enfin plus avancée. Mais nous avons également beaucoup parlé du travail de groupe, et de l’importance de la collaboration, de l’utilisation des compétences de chacun.

Parmi les outils utilisés durant ces deux jours, et outre les traditionnels Firefox et GoogleEarth, les participants ont pu se familiariser avec Tor Browser, twint (un scraper python pour Twitter), et quelques autres outils issus de github.

D’autres ateliers sont prévus dans les mois qui viennent et seront bientôt annoncés ici même!

N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples renseignements!

Oui! nous avions des stickers!!
Croiser des données sur OpenStreetMap avec Overpass-Turbo

Croiser des données sur OpenStreetMap avec Overpass-Turbo

Lorsque l’on cherche à géolocaliser une image, ou une vidéo sans grandes informations disponibles, il est parfois utile de se reposer sur les seuls éléments visibles à l’écran :

  • L’intersection d’un pont autoroutier avec une voie de chemin de fer.
  • Un angle de rue d’une ville allemande, avec une station du bus, une borne de taxi, une église et une pharmacie…
  • etc….

Dans ces cas précis, il pourrait être utile de pouvoir requêter une base cartographique sur le mode :

“Montre-moi sur la carte tous les lieux comprenant une église et une pharmacie dans un rayon de 50 mètres.”.

C’est là qu’un outil comme overpass-turbo.eu et une carte collaborative très détaillée prennent tout leur sens!


Overpass est une interface de requête pour Openstreetmap.

Il existe plusieurs tutoriels d’utilisation d’OverPass-Turbo sur le net, et le but de celui-ci n’est pas de tout montrer mais de vous présenter un exemple concret de ce qu’il est possible de lui faire faire!

A gauche de l’écran, on trouve la zone de requête. A droite se trouve la zone géographique où l’on souhaite requêter. La première des choses à faire est donc de définir notre zone de recherches, en zoomant au bon niveau de détails.

Cherchons par exemple toutes les églises situées dans un rayon de 50m d’une pharmacie à Rennes, en Bretagne. Tout d’abord, zoomons sur la ville.

overpass-turbo sur openfacto.fr-02-10T12-01-00.947Z

Voici le script qui va nous donner ces informations :

/*
This query will retrieve churches at max distance of 50m of a pharmacy in the area
*/
[out:json][timeout:25];

node({{bbox}})[amenity=pharmacy]->.pharmacy;
 (
   way(around.pharmacy:50)[amenity=place_of_worship];
   node(around.pharmacy:50)[amenity=place_of_worship];
 );
 (._;>;);
 out meta;

Détaillons un peu ce script :

Nous avons tout d’abord commenté un peu celui-ci pour le rendre plus lisible :

/*
This query will retrieve churches at max distance of 50m of a pharmacy in the area
*/

Ensuite nous avons explicité une sortie de type json (un format de données plat), et une limite de requête sur le serveur à 25s.

[out:json] [timeout:25];

La requête proprement dite vient ensuite :

node({{bbox}})[amenity=pharmacy]->.pharmacy;

{{bbox}} signifiant “dans la zone visible à droite”.

Par convention, une pharmacie est déclarée dans OpenStreetMap en tant que node (noeud), affublé d’une valeur spécifique amenity, correspondant à la chaîne de caractères ‘pharmacy’.

Nous allons donc chercher dans la zone à droite, tous les noeuds, dont la valeur amenity possède la chaîne « pharmacy.So we first look for every node in this area that as this specific value and insert them in a variable called ‘pharmacy’ :

->.pharmacy;

Puis nous cherchons une église.

(
   way(around.pharmacy:50)[amenity=place_of_worship];
   node(around.pharmacy:50)[amenity=place_of_worship];
 );

Une église a une valeur amenity avec la chaîne de caractères “place_of_worship”, mais peut également être un node ou une way (c’est plutôt rare…), dans OSM.

on précise ensuite la distance en mètres :

around.pharmacy:50

 (._;>;);
 out meta;

Les deux dernières lignes correspondent à l’intersection de ces critères.

Une fois le script entré, on appuie sur « execute »

Ce qui nous donne ce résultat :

OverPass-Turbo exemple sur OpenFacto.fr

Il ne s’agit là que d’un simple exemple de requête.

Et bien évidemment, cette requête sera d’autant plus efficace que votre zone de recherches sera détaillée. C’est pour cela qu’il est important d’aider le projet OpenStreetMap, mais aussi de participer et d’encourager la participation à ce projet.

Quelques ressources complémentaires sur ce langage de requêtes :

Ce tutoriel sur Github est aussi très pratique.

Amusez-vous bien !

P.S. : Plein de remerciements à Eric Pommereau pour son travail toujours inspirant.

P.P.S : ce billet est basé sur un billet initialement posté sur mon blog personnel.