Tribune : Pour une modification de la loi française sur la compétence universelle

OpenFacto publie ici la Tribune d’Eric Emeraux, ancien Chef de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH), et membre d’OpenFacto.


Il est urgent que le gouvernement et le Parlement modifient la loi sur la compétence universelle pour que la France ne devienne pas une terre de refuge pour les auteurs responsables des pires crimes perpétrés dans le monde.

Le 13 janvier dernier, l’Allemagne condamnait à la prison à vie l’ancien officier syrien Anwar Raslan, pour des crimes contre l’humanité commis en Syrie. La Haute Cour régionale de Koblenz a ainsi reconnu coupable l’ancien officier syrien d’avoir organisé la torture de milliers de détenus, des dizaines de meurtres, ainsi que des viols et agressions sexuelles dans un centre de détention à Damas.

Ce fait constitue ainsi une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité à l’échelle européenne et a été rendu possible grâce au principe de la compétence universelle. Elle constitue donc un outil extrêmement important pour les victimes d’atrocités lorsque les autres voies vers la justice ne peuvent leur être accessibles, ce qui est le cas de la Syrie. En effet, ce pays n’est pas un Etat partie au statut de Rome, et la Russie et la Chine bloquent à ce jour, toute possibilité, pour le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), de donner mandat à la CPI d’enquêter sur les graves crimes en Syrie.

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En France, ce principe de compétence universelle s’appuie sur un dispositif spécifique et cumulatif de conditions souhaité par le législateur. En premier lieu, le suspect doit résider habituellement en France. Ensuite, les poursuites devant les juridictions françaises ne peuvent intervenir qu’après l’absence de poursuites, par la Cour Pénale Internationale ou une autre juridiction. De plus, il faut qu’elles émanent d’une requête du procureur de la République antiterroriste. Enfin, la règle de double incrimination qui prévoit que le crime dont l’intéressé est accusé, doit être puni à la fois par loi française et par celle du pays où il a été commis, exception faite du crime de génocide, et ce depuis la loi du 23 mars 2019.

Dans l’état actuel des choses, force est de constater que ces conditions restrictives constituent dorénavant des verrous et limitent l’exercice de la compétence universelle dans notre pays.

Preuve en est la récente décision de la Cour de cassation du 24 novembre 2021, qui a consacré une interprétation étroite du critère de double incrimination prévu par l’article 689-11 du code de procédure pénale. Elle a ainsi conclu à l’incompétence du juge français s’agissant de crimes commis en Syrie, au motif que l’Etat syrien n’a pas ratifié le Statut de Rome, et n’a pas non plus incriminé les crimes contre l’humanité dans sa législation interne.

Cette condition de double incrimination pour les crimes les plus graves n’est pas exigée par le Statut de Rome, puisque la Cour pénale internationale peut être saisie d’une situation même si la législation de l’Etat dans lequel les crimes ont été commis n’incrimine pas l’infraction considérée.

Par définition, les crimes internationaux constituent la violation de valeurs universelles reconnues par la communauté internationale. Cette notion de double incrimination revient à remettre en cause cette universalité et est en parfaite incohérence avec les principes qui sous-tendent la justice pénale internationale.

Cette condition est enfin une prime donnée à limpunité, puisqu’il suffit que l’Etat dans lequel des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre sont commis refuse de ratifier le Statut de Rome, et n’incriminent pas ces crimes dans sa législation interne, pour permettre à l’ensemble de ses ressortissants d’échapper à la compétence de la justice française.

Sur un autre plan, la loi française exige aussi que le suspect réside officiellement en France pour que des poursuites pour des crimes graves puissent être engagées. La résidence habituelle est requise pour les crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, alors que la présence en France au moment du dépôt de plainte est nécessaire pour les tortures d’Etat et les disparitions forcées.

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En conclusion, ces verrous introduits par les parlementaires constituent dorénavant des entraves importantes pour l’exercice de la justice internationale en France et pour les victimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Les organisations de défense des droits humains avaient appelé depuis longtemps les autorités françaises à remédier à ces failles juridiques qui bloquaient la condamnation des crimes contre l’humanité commis à l’étranger, mais elles n’avaient jamais été entendues.

Ils engendrent une situation qui tend à transformer la France en une terre de refuge pour les personnes responsables des pires crimes perpétrés dans le monde, ce qui est inadmissible au pays des droits de l’Homme. Par voie de conséquence, la France se trouve dorénavant à la traine en matière de lutte contre l’impunité en Europe.

Il est donc urgent d’inviter les parlementaires à revoir la loi en supprimant la double incrimination et en alignant les cinq infractions sur le régime de la présence en France de l’auteur présumé, plutôt que la résidence habituelle. Il est aussi souhaitable que le temps de garde à vue soit étendu à 96 H, il est de 48 h actuellement pour les tortures d’Etat et disparitions forcées.


Conférence : La nouvelle politique russe en Afrique

Conférence : La nouvelle politique russe en Afrique

Ces dernières semaines, la présence d’instructeurs et mercenaires russes au Mali a été l’objet d’une médiatisation soutenue, en France et en Europe. Si certains y voient le signe du “grand retour” de la Russie en Afrique, d’autres rappellent qu’il s’agit avant tout d’une communication maîtrisée.

Nous parlons beaucoup trop de Wagner et nous avons tort”. Arnaud Kalika, directeur de la sûreté chez Meridiam, a préféré prendre du recul ce jeudi 20 janvier. L’auteur de la publication Le “grand retour” de la Russie en Afrique ? s’est exprimé lors d’une visioconférence sur la nouvelle politique russe en Afrique, organisée par les étudiants du Master géopolitique et relations internationales de l’Institut Catholique de Paris (ICP). À ses côtés, un autre spécialiste des réseaux d’influences russes : Maxime Audinet, chercheur détaché à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) et auteur de Russia Today (RT) : Un média d’influence au service de l’État russe.

Le groupe Wagner – Source : Wikipedia

Wagner : armée secrète du Kremlin ?

La “Force Wagner” est une organisation de sécurité privée présentée par les médias occidentaux comme “l’armée secrète de Moscou”. Composée d’anciens militaires devenus mercenaires, elle opérerait depuis une dizaine d’années sur le territoire africain. Ses origines et son mode opératoire en Afrique ont été décryptés par Le Monde en avril 2021. On y apprend notamment que la société est dirigée par Evgeni Prigojine, oligarque et grand patron de restaurant proche du président russe Vladimir Poutine.

Je ne pense pas que ce soit une société occulte ou l’armée secrète du Kremlin”, a indiqué Arnaud Kalika sur ce sujet. “ En réalité, Prigojine est le patron de ce que serait Sodexo ici en France. Car il gère un marché colossal”. Pour Maxime Audinet, la force Wagner s’intègre complètement dans le concept de “guerre hybride”, qui allie les concepts de guerre informationnelle, asymétrique et la cyberguerre. “Il y a très certainement un soutien en sous-main de l’armée russe au groupe Wagner. Mais ce mélange d’opérations militaires entretient une zone grise qui ne relève pas précisément de l’engagement régulier et officiel de la Russie”.

Une stratégie opportuniste et pragmatique

En Afrique, l’offre de Wagner est simple : protection et formation militaire contre exploitation de ressources. Une stratégie offensive également appliquée par Vladimir Poutine. En 2006 par exemple, le président russe propose à l’Algérie d’effacer sa dette de près de 4,7 milliards de dollars, contre la signature d’un contrat d’armement de 7,5 milliards de dollars. “Dès qu’il y a une faille dans un pays, les russes vont essayer de s’y insérer”, a affirmé Arnaud Kalika. En répondant au déficit sécuritaire des pays africains, la Russie obtient de nombreux contrats et confirme son statut de grande puissance même si elle reste loin derrière ses principaux concurrents comme la Chine, les Etats-Unis ou encore la France.

L’Afrique est un angle mort de l’espace mondial qu’il faut investir. Tout est bon pour profiter du moindre affaiblissement des positions occidentales.”, a détaillé l’intervenant. Selon lui, la Russie souffre du : “complexe de la Citadelle assiégée”. Un sentiment que Vladimir Poutine justifie notamment par l’élargissement à l’Est, de la zone d’action de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qui se rapproche des frontières Russes, la militarisation de l’Arctique par les américains et enfin l’instabilité dans le Grand Sud du Caucase et l’Asie centrale. À cela s’ajoutent des sanctions imposées par l’Occident après l’annexion de la Crimée en 2014, qui pousse la Russie à rechercher de nouveaux marchés,

Séduire grâce au soft-power

Se sentant humiliée par les occidentaux depuis la chute de l’URSS, la Russie n’hésite pas à le faire savoir en Afrique. Dans les médias, elle déploie une communication agressive contre l’Occident. “Les acteurs russes conçoivent l’espace informationnel, virtuel ou réel, comme un espace de conflit”, explique Maxime Audinet. Grâce aux médias Russia Today et Sputnik, le soft-power s’opère via : “une ligne éditoriale, sarcastique et polémique, qui n’a jamais cessé de soutenir l’agenda et le discours officiel de la Russie”, décrit le chercheur.

Yevgeny_Prigozhin – source Wikipedia

Et même si ces médias trouvent la majorité de leur audience en Europe et notamment en France, ils laissent volontairement leurs contenus accessibles au public et ce gratuitement. Un moyen pour certains médias africains de diffuser l’information sans effort. “Afrique Média par exemple, qui est implanté au Cameroun, récupère ses contenus et donne une place très large aux russes et surtout un discours de légitimation de leur arrivée en Afrique, en particulier au Mali”, précise Maxime Audinet. Comme aux temps de la guerre froide, l’industrie cinématographique est mise à contribution pour diffuser de la propagande, avec par exemple le film “Touriste”, qui glorifie la mission des mercenaires russes en République centrafricaine (RCA). Les exactions dont est accusé le groupe Wagner par les Nations Unies sont quant à elles : “complètement mises en sourdine”.

Un acteur économique de plus

Mais alors que représente la Russie pour les africains ? “Simplement un nouvel entrant et même une aubaine pour le “client” africain”, a répondu Arnaud Kalika. “Elle permet de nouvelles négociations et du challenge pour tous les acteurs. Mais les pays africains sont très au courant des tensions entre l’Occident et la Russie. Négocier avec les russes leur permet d’obtenir des concessions avec leurs anciens partenaires”. Même avec ses nouveaux contrats en Afrique, la Russie reste loin derrière ses concurrents, avec un volume des exportations totales sur le continent enregistré à 17,5 milliards d’euros en 2018, contre 51,3 milliards pour la France et 204 milliards pour la Chine, selon le Monde Diplomatique.

The GRU’s galaxy of Russian-speaking websites

The GRU’s galaxy of Russian-speaking websites

Since 2016, numerous studies have shown Russian intelligence services’ involvement in online information operations. Case studies on the Internet Research Agency (IRA), Secondary Infektion , and the Ghostwriter campaigns shed light on the methods allegedly employed by the Russian government to influence and discredit beyond its borders.
However, little research has focused on Russian Intelligence’s control over the domestic information space. OpenFacto discovered and mapped more than one thousand Russian-speaking websites linked to the GRU, Russian military intelligence, to reconstruct their strategy and objectives, in a landscape already saturated with media loyal to the Kremlin.


OpenFacto’s study revealed that InfoRos, a news agency run by the GRU, began expanding into local news around 2012 throughout Russia. By registering no fewer than 1,341 digital « news portals » attached to cities, towns, districts, or even villages, InfoRos has created a network of amplifiers that surreptitiously broadcast the Russian government’s preferred narrative. The websites are primarily empty shells that regularly copy and paste innocuous content. These sites publish InfoRos content at regular intervals, which has a pro-government or anti-Western tone. The sites appear to relay an editorial line, which appearances suggest would be defined by the GRU, whose mandate is theoretically limited to outside the Russian Federation.


The report below presents OpenFacto’s methodology for discovering the websites and the hypotheses drawn from our analysis of the registered domain names, the Russian localities they target, and the chronology of their creation date. The main objective is to understand the objectives pursued by the GRU through InfoRos – especially in the digital space. To do so, we will first analyse InfoRos’ identity and its unique position within the Russian online « informational control » ecosystem.

This study will also introduce some tools and services to explore the « Ru.net  », a Russian and Russian-speaking segment of the Internet still little researched.

Download the report.

Download the domains’ list (csv file).

Update : 01-28-2022, correction of typos.

Rapport – La galaxie des sites russophones du GRU

Rapport – La galaxie des sites russophones du GRU





Depuis 2016, de nombreuses études suggèrent l’implication des services de renseignement russes dans des opérations en ligne de manipulation de l’information. De l’Internet Research Agency (IRA) aux campagnes Secondary Infektion et Ghostwriter, les méthodes supposément employées par le gouvernement russe pour influencer et décrédibiliser en-dehors de ses frontières ont été largement documentées. Toutefois, peu semblent encore avoir eu l’occasion d’alerter sur les efforts du renseignement extérieur russe pour contrôler l’audience intérieure de la Russie. Après avoir découvert plus d’un millier de sites Internet russophones liés au GRU, le renseignement militaire russe, OpenFacto les a cartographié pour reconstituer leur stratégie et objectifs réels, dans un paysage déjà saturé par les médias fidèles au Kremlin.





L’étude de ces sites révèle qu’InfoRos, une agence de presse servant de société-écran au GRU, est employée depuis au moins 2012 pour tenter de maîtriser les sources d’information locales dans l’ensemble de la Russie. En enregistrant au moins 1.341 « portails d’information » numériques rattachés à des villes, agglomérations, districts ou même villages, InfoRos a créé un réseau centralisé de porte-voix diffusant subrepticement la rhétorique du gouvernement russe. Si ce réseau de coquilles vides se contente majoritairement de copier-coller des contenus anodins, il distille en effet à échéance régulière des articles pro-gouvernementaux ou anti-occidentaux provenant d’une même source, InfoRos. Les sites étudiés ne seraient donc que des caisses de résonance relayant une ligne éditoriale définie par le GRU, dont le mandat se limite théoriquement à l’extérieur de la Fédération de Russie.





Le rapport ci-dessous présente la méthode de découverte de ces sites et les hypothèses qui peuvent être tirées de l’analyse des noms de domaines enregistrés, des localités russes qu’ils ciblent, et de la chronologie de leur création. L’objectif principal est de pouvoir en inférer les objectifs poursuivis par le GRU InfoRos – en particulier dans l’espace numérique. Cette étude sera également l’occasion de présenter certains outils et services permettant d’explorer le « Ru.net », ce segment russe et russophone d’Internet encore peu connu. Pour ce faire, nous reviendrons tout d’abord sur l’identité d’InfoRos, ainsi que sur sa place singulière dans l’écosystème russe de « contrôle informationnel » en ligne.

Edition du 19/01/2022 :
Ajout du fichier csv contenant la liste des domaines :

Formation pour la Clinique de Droit international d’Assas

Formation pour la Clinique de Droit international d’Assas

Les 4 et 5 décembre 2021, les étudiants du M2 Justice Pénale Internationale de Paris 2 Panthéon-Assas ont suivi la formation OSINT assurée par Open Facto, dans le cadre de la Clinique de Droit international d’Assas.

Il s‘agit là de la troisième édition de cette formation, intégralement prise en charge par l’association OpenFacto, dans le cadre de ses projets. Les intervenants pour OF, tous bénévoles étaient Dimitri, Karine, Aurélie et Sébastien. Qu’ils en soient remerciés!
Le compte-rendu ci-après est signé par les étudiants.

Cette formation nous a beaucoup apporté. En premier lieu sur le plan personnel car nous avons appris de nombreuses façons bien plus efficaces d’effectuer de nombreuses recherches. En second lieu, sur le plan personnel avec une importante sensibilisation faite par les intervenants sur la sécurité de nos données personnelles en ligne.

Nous avons, pour la plupart, découvert ce qu’était l’OSINT, et approfondi les connaissances à cet égard pour les autres. Plus spécialement, nous nous sommes rendu compte qu’un très grand nombre d’informations était à la portée de tous en ligne, mais que l’essentiel résidait dans la manière de rechercher.

Cette formation nous a beaucoup apporté. En premier lieu sur le plan professionnel car nous avons appris de nombreuses façons bien plus efficaces d’effectuer de nombreuses recherches. En second lieu, sur le plan personnel avec une importante sensibilisation faite par les intervenants sur la sécurité de nos données personnelles en ligne.

Nous avons notamment appris l’importance d’être rigoureux, méthodique, d’être sûr de la véracité de nos sources, ainsi que l’importance de documenter nos recherches pour prouver leur origine et la légalité de leur obtention afin qu’elles soient utilisées comme preuves.

Nous avons retenu notamment l’importance de sauvegarder toutes les informations, de manière structurée, puisque parfois des photos/vidéos/articles sont mis en ligne puis seront supprimés quelques temps plus tard, et donc il est primordial de sauvegarder ces fichiers.

Les formateurs ont également insisté sur l’importance d’adapter nos recherches en fonction de la région ou de l’Etat concerné. En effet, les réseaux sociaux, et moteurs de recherche ne sont pas les mêmes partout et certains sont même parfois totalement inaccessibles. Il faut également s’adapter aux moyens de communication sur place, les modes de recherche d’informations ne seront pas les mêmes dans un Etat où il n’y a que peu de connexion internet par rapport à un autre.

Nous retenons également l’importance de sécuriser nos recherches, d’utiliser des VPN et des moteurs de recherche privés, pour notre sécurité mais aussi afin de ne pas biaiser nos recherches par les algorithmes, ainsi que l’importance du lieu où on effectue nos recherches, qui peut présenter des risques. De plus, la façon de rapporter les informations doit être faite avec précaution, en effet, il faut s’assurer que personne ne sera mis en danger, ni nous, ni les personnes qui auraient livré des informations.

Nous avons particulièrement apprécié l’opportunité que la formation soit donnée par un panel de professionnels très divers. En plus de leur patience et de leur bienveillance, ils nous ont délivré différentes perspectives sur des mêmes aspects essentiels, et complétaient les discours des uns et des autres ce qui nous a permis d’avoir une vision globale et complète de chaque enjeu.

Pour les différents métiers auxquels nous nous destinons, les compétences acquises sont essentielles, pour tous les crimes internationaux sur lesquels nous allons travailler à l’avenir.

Nous avons reçu un grand nombre d’outils qui nous permettent la recherche en source ouverte. Nous avons surtout appris les petites technicités « les dorks » de chaque moteur de recherche, afin de cibler les recherches et d’obtenir les meilleurs résultats escomptés, sur les moteurs de recherches étrangers : Yandex, Naver, Baidu.

Malgré les outils, toute cette recherche et analyse d’informations reste pratique et humaine, c’est à nous de de faire des hypothèses, de savoir quelles recherches faire et notamment quels indicateurs rechercher pour confirmer une hypothèse, et de les confirmer ou de les écarter. Il faut un minimum de technique et de méthodologie, de savoir-faire et de bonnes bases pour gagner du temps.

Nous avons été particulièrement intéressés par la partie sur les images et la géolocalisation : la recherche d’identifiants uniques, les métadonnées, et l’utilisation de l’ombre du soleil pour déterminer la date de prise d’une vidéo ou photo. Nous avons découvert ce qu’étaient les métadonnées, à quel point elles peuvent donner des informations sur nous, mais aussi les informations qu’on peut récupérer et exploiter, mais qu’avec la protection des données, la présence de métadonnées est de plus en plus rare.

Enfin, nous avons également compris à quel point l’exploitation des données présentes publiquement sur les réseaux sociaux sont une source très riche d’informations.

Nous remercions sincèrement tous les formateurs pour ce week-end passé dans la bonne humeur (et le respect des gestes barrières 😉), nous en gardons un souvenir très chaleureux.

Juliette HEALY

Colloque OSINT et Sciences Sociales (avec beaucoup de géopolitique dedans)

Colloque OSINT et Sciences Sociales (avec beaucoup de géopolitique dedans)

Le lundi 29 novembre, le landerneau de l’OSINT français s’était donné rendez-vous au rutilant Campus Condorcet, à Aubervilliers, autour du colloque « Où nous mènent les traces numériques ? Pratiques et apports de l’OSINT aux sciences sociales » organisé par le centre de recherche et de formation GEODE (Géopolitique de la Datasphère) et l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire) en partenariat avec Paris 8, la Fabrique Défense (NDLR : Ministère des armées) et l’IFG (Institut Français de Géopolitique). Spoil Alert : si l’OSINT français était au cœur des discussions, forcément vu les acteurs de la journée, la Russie, la Chine et autres terrains politiquement sensibles ont été abordés.

Affiche de l’évènement

250 places ouvertes à tous (gratuites), billetterie sold out avant la date, l’événement promettait une belle réunion. Le déroulé de la journée et la composition des panels ont fait la part belle aux disciplines variées qui font appel à l’OSINT :  géopolitique, recherche, forces de l’ordre et de la défense, journalisme, cybersécurité, métiers de la data…

Après quelques propos introductifs de Kevin Limonier (GEODE) et Paul Charon (ISERM), la journée a démarré avec la présentation de Viginum. Le service tout-nouveau-tout-beau rattaché au cabinet du Premier ministre et placé auprès du SGDSN (secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) est chargé de la vigilance ainsi que de la protection contre les ingérences étrangères. L’équipe pluridisciplinaire de Viginum compte 21 agents, et à terme, fin 2022, 50 postes. 

La première table ronde, « l’OSINT comme pratique opératoire », invite Roman Adamczyk (EU Disinfo Lab), Hugo Benoist (OSINT-FR), Mathieu Gaucheler (Maltego), Romain Mielcarek (Journaliste) et Clément Audebert (Preligens) à présenter leurs structures (présentations teintées de marketing, nécessairement, pour Maltego ou Preligens) puis à répondre aux questions du public. Roman Adamczyk retrace le travail accompli contre la désinformation avec EU Disinfo Lab. L’ONG basée à Bruxelles a bouclé 10 enquêtes en un peu plus de 2 ans, l’occasion de revenir sur quelques déconvenues dans l’accueil de leur travail : entre les mises en demeures d’avocat et les erreurs dans la perception des enquêtes, les difficultés se situent parfois dans l’accueil de leur travail davantage que sur les investigations en elles-mêmes. L’intervention de Romain Mielcarek, journaliste, fait mouche (notamment si l’on compte les questions du public qui lui seront adressées). D’emblée, il souligne que l’OSINT est un vocable venu du monde du renseignement et ne s’applique pas au journalisme d’investigation. Que chaque discipline utilisant les recherches en ressources ouvertes doit trouver son cadre éthique   Et contrairement à cet effet de mode qui veut consacrer l’OSINT comme moyen unique de recherche, pour lui, ce n’est qu’un moyen parmi d’autres, venant en complément du travail sur le terrain que le praticien qu’il soit journaliste ou enquêteur, doit accomplir.

L’après-midi, la deuxième session offre l’espace à 4 chercheurs d’exposer leur expérience de l’OSINT. Léa Ronzaud (Graphika), narre l’investigation – finalement infructueuse – de son équipe pour retrouver le distributeur de PQ à l’effigie de Joe Biden sur Times Square. Hugo Estecahandy (GEODE) a offert à l’amphithéâtre un cours introductif au fonctionnement du bitcoin en partant d’une trouvaille sur le site d’Egalité et Réconciliation. Marie-Gabrielle Bertran (GEODE) mène avec brio une démonstration à deux têtes sur l’OSINT russe relativement ouvert puis sur les données grises (leaks) en prenant exemple  sur 2 affaires : le vol de 7,5 TB de données à SyTech, sous traitant de plusieurs organes officiels russes et l’attaque du groupe Sands à Las Vegas par un groupe de hacktivistes iraniens (support de présentation à disposition des membres OF). Enfin, dans une vidéo d’une quinzaine de minutes, Ksenia Ermoshina (CNRS) présente ses travaux de recherche sur les conséquences de l’annexion de la Crimée pour les infrastructures Internet dans la région. 

@nicolasquenel

Le dernier panel a rendu la délégation Open Facto un peu chauvine car notre président Hervé a posé les jalons d’un OSINT responsable par une définition épistémologique qui en dessine le champ et ses limites en rappelant la définition incontournable d’une information récupérée « sans ruse et sans stratagème », formule reprise ensuite par d’autres intervenants. A ses côtés, Rayya Roumanos, (IJBA), Kevin Limonier (GEODE), Paul Charon (IRSEM) et Fabien Laurençon (IRSEM) ont débattu autour du thème « Epistémologie de l’OSINT : apports et limites du renseignement d’origine sources ouvertes aux sciences sociales ». Une façon de rappeler que les investigations sur le « terrain numérique », techniques relativement récentes, permettent beaucoup de possibilités, mais doivent être aussi encadrées et organisées. 

La journée s’est donc terminée sur une touche « meta-osint », avec l’évocation des enjeux de demain. Quand les acteurs français de l’OSINT pensent l’OSINT, la boucle est bouclée.